Genesis Histoire
Un col des Alpes à plus de 3 000 m, au printemps, il y a environ 5 300 ans : un homme maigre d’une quarantaine d’années, vêtu de peaux de chèvre et de mouton et d’un bonnet de fourrure d’ours, avance seul sur un névé entre des rochers gris ; il tient une hache à lame de cuivre et porte un long arc de bois sur l’épaule ; derrière lui, des sommets enneigés et un petit glacier sous un ciel clair.
Les premiers humains · il y a environ 5 300 ans

Ötzi, l’homme que la glace a gardé.

Le 19 septembre 1991, deux randonneurs voient un corps dépasser de la glace, à 3 210 m d’altitude, dans les Alpes. Ce n’est pas un alpiniste : cet homme est mort il y a environ 5 300 ans. Depuis, les chercheurs ont lu sur lui son dernier repas, ses tatouages, ses maladies et ce qui l’a très probablement tué.

Monter au col du Tisenjoch →
Étape 1 · Avant lui

Un monde de paysans et de cuivre.

Il y a 5 300 ans, les Alpes ne sont pas vides : des paysans cultivent les vallées, le cuivre commence à circuler et des gens montent en altitude. Ötzi est de ce monde-là. Voici ce qui s’est passé avant lui.

1Explore la frise
vers −3300 · Au même moment, à plus de 3 000 km
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Le monde avant, pas à pas

Je fais une hypothèse

Mort de froid ?

Le 19 septembre 1991, on découvre un corps dans la glace, sans blessure visible. Pendant dix ans, on pense surtout à un accident : un homme surpris par le froid, à l’automne, à plus de 3 000 m.

Étape 2 · Le col du Tisenjoch, 1991

Un corps dans la glace.

Le 19 septembre 1991, un couple d’Allemands, Helmut et Erika Simon, voit un corps dépasser de la glace près du col du Tisenjoch, à 3 210 m. Ils préviennent le refuge voisin : tout le monde pense à un alpiniste mort dans un accident. Deux jours plus tard, le célèbre alpiniste Reinhold Messner voit un croquis de la hache et soupçonne que ce corps est très ancien.

2Examine les indices
Un corps dans la glace.
Un corps dans la glace.

Autour de toi

Sur le col, ton équipement

Tu es accroupi sur le col du Tisenjoch, à plus de 3 000 mètres, il y a environ 5 300 ans. Devant toi, trois pièces de ton équipement. Clique sur chacune : observe, fais une hypothèse, vérifie.

Vue à hauteur d’yeux, accroupi sur une peau étalée sur un névé de montagne : à gauche une hache à lame de cuivre et manche coudé, au centre un grand arc de bois et un carquois en peau, à droite un petit poignard à lame de silex dans son étui ; au fond, des sommets enneigés. Reconstitution.

En chiffres

3 210 ml’altitude à laquelle on le retrouve, près du col du Tisenjoch
≈ 45 ansson âge à sa mort, d’après ses os et ses dents
61tatouages repérés sur sa peau, dont beaucoup sont invisibles à l’œil nu
92,56 mla distance entre son corps et la frontière, côté italien (mesure du 2 octobre 1991)

Les indices

Ce que les objets racontent

Une hache en cuivre

Sa lame est en cuivre presque pur (99,7 %), fixée avec du goudron de bouleau et des lanières de cuir sur un manche en if d’environ 60 cm. C’est un objet rare : en 2017, des analyses du plomb ont montré que son métal vient du sud de la Toscane, à plusieurs centaines de kilomètres. On ne sait pas comment elle est arrivée jusqu’à lui.

Un arc pas fini

Son arc, en if, mesure 1,82 m, mais il n’est ni poli ni muni d’une corde. Dans son carquois en peau de cervidé : 14 flèches, dont 12 pas finies et 2 seulement prêtes, avec une pointe de silex. Impossible de chasser avec cet arc tel quel : pourquoi le portait-il ? On ne le sait pas.

Du silex venu de loin

Son poignard à lame de silex (13 cm, manche en frêne) et ses pointes de flèche sont taillés dans des roches des environs de Trente (Trentin, Vénétie, est de la Lombardie) ; l’une des pointes vient du val di Non, à environ 70 km à vol d’oiseau du col. En 2018, des chercheurs ont noté que ses outils étaient très usés, dont deux réaffûtés peu avant sa mort : il manquait peut-être de silex neuf.

Ceux qui l’ont trouvé et étudié

Helmut et Erika Simon, randonneurs

Ce couple d’Allemands trouve le corps le 19 septembre 1991. Le procès pour la récompense dure dix ans : un tribunal de Bolzano les reconnaît officiellement comme découvreurs en 2003, et un accord à 150 000 euros met fin à l’affaire en 2008. Helmut Simon est mort en 2004, lors d’une randonnée en montagne.

Albert Zink, spécialiste des momies

Il dirige à Bolzano l’Institut d’étude des momies d’Eurac. Son équipe a révélé les tatouages cachés (2015), analysé le dernier repas (2018) et participé au séquençage de son génome (2023). Selon le musée, plus de 900 chercheurs ont étudié Ötzi depuis 1991.

Étape 3 · À ta place

Que ferais-tu ?

Tu es un homme d’une quarantaine d’années, au printemps, il y a 5 300 ans. Trois décisions pour monter à plus de 3 000 m. Attention : on ne connaît ni ses pensées ni ses projets. Ce sont des reconstitutions, faites à partir de ce qu’on a retrouvé sur lui.

3Prends les décisions

Les décisions

Que ferais-tu à la place d’Ötzi ?

Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce que les fouilles montrent. Ce sont des reconstitutions : personne ne sait ce qui a vraiment été décidé.

Étape 4 · Sur la carte

Du Tyrol du Sud au musée.

Suis les lieux d’Ötzi, de son enfance à sa vitrine. Il y a 5 300 ans, l’Autriche et l’Italie n’existent pas encore : ces frontières datent du début du 20e siècle.

4Suis les traces sur la carte

Sur la carte

Les lieux d’Ötzi

D’après le musée d’archéologie du Tyrol du Sud (iceman.it), Müller et al. (Science, 2003), Artioli et al. (PLOS ONE, 2017), Wierer et al. (PLOS ONE, 2018) et Pilø et al. (The Holocene, 2022).

Étape 5 · Légendes et débats

Autrichien ? Maudit ?

Deux histoires qu’on raconte sur Ötzi. Que disent les faits ?

5Démêle le vrai du faux

Légende ou réalité ?

Ötzi, un Autrichien ?

Son surnom vient d’une vallée autrichienne, l’Ötztal : un journal viennois le lance le 26 septembre 1991, sur une idée du journaliste Karl Wendl. Le corps a passé plus de six ans à Innsbruck, en Autriche. Pourtant, son musée est en Italie.

Une malédiction ?

La malédiction d’Ötzi

Après la découverte, plusieurs personnes liées à Ötzi sont mortes, de maladie ou d’accident, dont l’un de ses découvreurs. Des journaux parlent d’une « malédiction de la momie », et le chiffre de sept morts revient souvent.

Ce qu’il en reste

Un homme tout entier

Peau, tatouages, estomac, dents, vêtements : on a rarement retrouvé autant de choses sur un seul homme de la préhistoire. Il avait des vers intestinaux, de l’arthrose, des artères abîmées et des dents usées. Son ADN dit qu’il avait les yeux bruns, une peau plus foncée que beaucoup d’Européens d’aujourd’hui, et qu’il digérait mal le lait. Il repose à Bolzano, dans une chambre froide.

Ce qu’on ne saura peut-être jamais

On ne connaît ni son nom, ni sa langue, ni son métier : berger, voyageur, fondeur de cuivre ? Les spécialistes discutent. On ne sait pas pourquoi il était à 3 210 m, ni qui a tiré. Même l’histoire de sa mort a changé : au début, on pensait à un homme mort de froid à l’automne ; aujourd’hui, on pense à une flèche au printemps, et son corps a peut-être bougé après sa mort.

Étape 6 · Les coulisses

Cinq histoires vraies (ou presque).

Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.

6Ouvre les cinq anecdotes
Bilan

Ce que tu retiens.

1

Un homme de l’âge du cuivre

Ötzi n’est pas un « homme des cavernes » : il porte une hache de cuivre, mange du blé et de la viande, et vit dans un monde de paysans et d’échanges.

2

Un corps qui parle

Grâce à la glace, un seul homme a livré son dernier repas, ses maladies, ses tatouages et son ADN. Chaque nouvelle technique lui fait dire autre chose.

3

Une enquête qui n’est pas finie

Qui a tiré ? Pourquoi là-haut ? Les spécialistes discutent encore, et l’histoire a déjà changé plusieurs fois : accident, puis flèche, puis corps déplacé après sa mort.

Ton carnet

    Les premiers humains

    Prendre la place d’un autre.

    Huit vies, de Toumaï à l’homme de Gébélein. Tous les premiers humains