Genesis Histoire
Aube sur un plateau du Maroc, il y a environ 315 000 ans : une colline calcaire basse percée d’une grotte, un mince filet de fumée à son entrée ; au pied de la colline, un petit groupe d’humains au crâne allongé, vêtus de peaux, avec un enfant ; savane claire, acacias épars et, au loin, un troupeau de gazelles.
Les premiers humains · il y a environ 315 000 ans

L’homme de Jebel Irhoud, un visage d’aujourd’hui sur un crâne allongé.

En 1961, des mineurs sortent un crâne de la paroi d’une grotte, au Maroc. En 2017, des silex brûlés le datent d’environ 315 000 ans : ce sont les plus anciens restes rattachés à notre espèce. Un visage presque comme le nôtre, une boîte crânienne allongée : les spécialistes discutent encore de la place de ces humains dans notre histoire.

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Étape 1 · Avant −315 000

Un continent, plusieurs humains.

Il y a plus de 300 000 ans, l’Afrique abrite plusieurs sortes d’humains à la fois. Leurs outils changent, le climat aussi : le Sahara, aujourd’hui un désert, a pu se couvrir de savane. Voici le monde des gens du Jebel Irhoud.

1Explore la frise
Vers −300 000 · Plusieurs humains à la fois
Vers −300 000 · Plusieurs humains à la fois

Le monde avant, pas à pas

Je fais une hypothèse

Un crâne sans adresse

En 1961, des mineurs sortent un crâne de la paroi d’une grotte, sans que personne sache exactement dans quelle couche de terre il se trouvait. On le croit d’abord vieux d’environ 40 000 ans, puis de 160 000 ans. En 2017, un nouvel âge presque double le précédent.

Étape 2 · Jebel Irhoud, vers −315 000

Une grotte, des silex, des gazelles.

Le Jebel Irhoud est une colline calcaire du Maroc, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Safi. À l’époque, une grotte s’y ouvre : des groupes y font du feu, y entretiennent leurs outils de silex et y mangent des gazelles. Aujourd’hui, la grotte n’existe plus qu’en partie : les mineurs de barytine, puis les premières fouilles, ont enlevé une grande partie de la roche et de la terre.

2Examine les indices
Une grotte, des silex, des gazelles.
Une grotte, des silex, des gazelles.

Autour de toi

À l’entrée de la grotte, un matin

Tu es assis à l’entrée d’une grotte du Jebel Irhoud, un matin, il y a environ 315 000 ans. Devant toi, trois choses à observer : un foyer, des outils, des os. Clique sur chacune : observe, fais une hypothèse, vérifie.

Vue à hauteur d’yeux, assis à l’entrée d’une grotte calcaire du Maroc, au petit matin : à gauche un petit foyer de braises entouré de pierres, au centre des pointes et des racloirs de silex sur une dalle, à droite des os longs de gazelle cassés ; au fond une savane claire. Reconstitution.

En chiffres

≈ 315 000 ansâge de la couche principale (± 34 000 ans), mesuré sur des silex brûlés
≈ 100 000 ansde plus que les plus anciens Homo sapiens connus avant 2017
22restes humains en 2017, venant d’au moins 5 personnes : trois adultes, un adolescent, un enfant
≈ 1 400 cm³volume du cerveau (1 300 à 1 480 selon les crânes et les études), comme un cerveau d’aujourd’hui

Les indices

Ce que les os et les outils racontent

Un visage d’aujourd’hui

Le visage est court et fin, replié sous la boîte crânienne. Écrasé, il a été reconstruit virtuellement de neuf façons : toutes entrent dans la variation des humains actuels. Le menton commence à se dessiner, mais reste moins net que le nôtre. Les arcades sourcilières sont épaisses et les dents plus grosses que les nôtres.

Une boîte crânienne allongée

Le crâne est long et bas, pas rond comme un ballon. Pourtant le cerveau est aussi gros que le nôtre. Pour l’équipe qui l’a étudié, c’est la forme du cerveau qui a changé ensuite : les crânes aussi ronds que les nôtres ne se voient qu’à partir d’environ 35 000 ans.

Des pointes, du feu, des gazelles

Les outils sont du Middle Stone Age : des pointes et des racloirs de silex, taillés par la méthode Levallois (on prépare le noyau pour détacher un éclat de forme voulue). Pas de biface. Le silex est de bonne qualité, apporté d’ailleurs, peut-être d’une trentaine de kilomètres. Des foyers ont brûlé sur place, et les os montrent des gazelles découpées.

Ceux qui l’ont trouvé et étudié

Émile Ennouchi, le premier

Anthropologue, il dirige à partir de 1961 les premières fouilles, une expédition franco-marocaine de l’université de Rabat. Il publie le crâne en 1962 et le rattache aux Néandertaliens. Le carbone 14 ne lui dit qu’une chose : le site est plus vieux que la limite de la méthode.

Jean-Jacques Hublin et Abdelouahed Ben-Ncer, la nouvelle équipe

Le paléoanthropologue français, professeur au Collège de France et à l’Institut Max-Planck de Leipzig, et le professeur marocain de l’INSAP, à Rabat, relancent les fouilles en 2004. Leur équipe retrouve plus de vingt restes dans leur couche d’origine et publie deux articles dans la revue Nature, en juin 2017.

Étape 3 · À ta place

Que ferais-tu ?

Tu fais partie d’un petit groupe qui vit près du Jebel Irhoud. On ne connaît ni ton nom, ni tes pensées : ces trois situations sont des reconstitutions, inspirées de ce que les fouilles ont retrouvé. À chaque fois, regarde ce que disent les os et les outils.

3Prends les décisions

Les décisions

Que ferais-tu à la place de l’homme de Jebel Irhoud ?

Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce que les fouilles montrent. Ce sont des reconstitutions : personne ne sait ce qui a vraiment été décidé.

Étape 4 · Les lieux sur la carte

Du Maroc à l’Éthiopie.

Suis les lieux qui racontent les origines de notre espèce, il y a 330 000 à 160 000 ans. Ils ne forment pas un voyage : regarde plutôt comme ils sont répartis sur tout un continent.

4Suis les traces sur la carte

Sur la carte

Les lieux de l’homme de Jebel Irhoud et de ses contemporains

D’après Hublin et al. et Richter et al., Nature (2017) ; Mounier et Lahr, Nature Communications (2019) ; Vidal et al., Nature (2022) ; Brooks et al., Science (2018).

Étape 5 · Légendes et débats

Un berceau marocain ? Un crâne rond, sinon rien ?

Deux idées qu’on entend sur l’origine de notre espèce. Que disent les spécialistes ?

5Démêle le vrai du faux

Un berceau marocain ?

Le berceau de l’humanité ?

Depuis 2017, on lit parfois que Homo sapiens est « né au Maroc ». Avant, on disait plutôt qu’il était né en Éthiopie, il y a environ 200 000 ans.

Qu’est-ce qu’un Homo sapiens ?

Un crâne rond, sinon rien ?

Tu es un Homo sapiens. Ton crâne est rond, ton front est haut, ton menton est net. Le crâne de Jebel Irhoud est long et bas. Peut-on pourtant lui donner le même nom ?

Ce qu’il en reste

Ce qu’il en reste

Des os, des silex, des cendres. Les fouilles ont livré 22 restes humains en 2017 (crânes, mâchoires, dents, os des jambes) d’au moins cinq personnes, des centaines d’outils et plusieurs centaines d’os d’animaux. Le crâne trouvé en 1961 est conservé à Rabat. Le site est classé au patrimoine national marocain depuis 2018.

Les zones d’ombre

On ne connaît ni leur nom, ni leur langue, ni la couleur de leur peau, ni leurs croyances. On ne sait pas s’ils sont nos ancêtres directs ou des cousins, et on n’a aucun ADN. On ne sait pas non plus s’ils ont rencontré les autres humains qui vivaient alors en Afrique.

Étape 6 · Les coulisses

Cinq histoires vraies (ou presque).

Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.

6Ouvre les cinq anecdotes
Bilan

Ce que tu retiens.

1

Un âge presque doublé

Dans les années 1960, le crâne passe pour néandertalien et vieux d’environ 40 000 ans. En 2017, des silex brûlés le datent d’environ 315 000 ans.

2

Un visage d’aujourd’hui, un crâne d’hier

Le visage, les dents et la mâchoire ressemblent aux nôtres. La boîte crânienne reste longue : la forme du cerveau a évolué plus tard.

3

Un continent, pas un berceau

Notre espèce se serait formée à l’échelle de l’Afrique, à travers des groupes qui échangent. Les spécialistes discutent encore de la place exacte d’Irhoud.

Ton carnet

    Les premiers humains

    Prendre la place d’un autre.

    Huit vies, de Toumaï à l’homme de Gébélein. Tous les premiers humains