Au bac, tu pourrais tomber sur…
Au bac de philosophie, tu choisis parmi trois sujets : deux dissertations et une explication de texte. Voici des sujets de ce genre, que cette page t’aide à traiter. Lis-la avec eux en tête : à chaque étape, demande-toi à quel sujet l’idée peut servir.
Le choix de l’élèveL’existentialisme est un humanisme (conférence de 1945)Tu expliques un passage : sa thèse, ses étapes, son enjeu.
Touche un sujet pour le garder en tête : on y revient au bilan. Idées à mobiliser et objections ↓
Ce sont des sujets dans l’esprit du bac, pas des sujets déjà tombés.

Jean-Paul Sartre 1905-1980
Né et mort à Paris
- Il naît à Paris en 1905 ; son père meurt quand il a quinze mois, et il grandit chez son grand-père, professeur d’allemand.
- À l’agrégation de philosophie de 1929, il est premier et Simone de Beauvoir est deuxième : ils resteront compagnons toute leur vie.
- En 1933-1934, à Berlin, il découvre la phénoménologie de Husserl ; en 1943, il publie L’Être et le Néant.
- Prisonnier de guerre en 1940-1941, il lance en 1945 la revue Les Temps modernes et donne sa conférence sur l’existentialisme.
- En 1964, il refuse le prix Nobel de littérature ; à sa mort, en 1980, environ 50 000 personnes suivent son cercueil.
- La Nausée1938 · roman
- L’Être et le Néant1943 · philosophie
- Huis clos1944 · théâtre
- L’existentialisme est un humanisme1946 · conférence publiée
- Les Mots1964 · récit autobiographique
Un enfant sans père, une génération en guerre.
Sartre perd son père à quinze mois, grandit parmi les livres de son grand-père et devient professeur de philosophie. Puis la guerre le saisit. Entre 1905 et 1945, il passe de la salle de classe au camp de prisonniers, avant de devenir célèbre.
1Explore la friseComment cette œuvre est-elle née ?
Je fais une hypothèse
Une conférence qui déborde
Paris, 29 octobre 1945, salle des Centraux. La guerre est finie depuis quelques mois. Pour entendre un philosophe parler d’existentialisme, la foule est si nombreuse que la salle est trop petite et que des gens se sentent mal.
Deux façons de parler de soi.
Manipule d’abord, comprends ensuite.
2Démasque la mauvaise foiMauvaise foi ou lucidité
Pour Sartre, tu n’es pas « timide », « nul en maths » ou « fait comme ça » une fois pour toutes. Quand on se raconte le contraire pour éviter de choisir, c’est la mauvaise foi. Quand on reconnaît ce qui est vrai et qu’on assume son choix, c’est la lucidité. À toi de trier onze situations.
Pas d’excuses : tu es responsable.
Pour Sartre, un être humain n’est pas défini à l’avance. Il se fait par ses choix. L’idée libère, et elle fait peur : si tout dépend de toi, tu ne peux plus dire « ce n’est pas ma faute ».
3Découvre les idées clésEn chiffres
À retenir
Les idées clés
L’existence précède l’essence
Un coupe-papier est fabriqué par un artisan qui sait d’avance à quoi il servira : son essence (sa définition) précède son existence. Pour l’être humain, dit Sartre, c’est l’inverse. Sans Dieu pour avoir imaginé un modèle d’homme, on commence par exister, puis on se définit par ce qu’on fait. Exemple : personne n’est « nul en maths » ou « timide » une fois pour toutes. Notion du programme : la liberté. Repères : essentiel / accidentel, contingent / nécessaire.
Condamné à être libre
Tu n’as pas choisi ta famille, ton époque ni ton corps : Sartre appelle cela ta facticité, ta situation. Mais tu ne peux pas ne pas choisir ce que tu en fais, et refuser de choisir est encore un choix. D’où la responsabilité, et l’angoisse de décider sans garantie : en te choisissant, tu proposes aussi une image de ce que doit être un homme. Exemple : choisir ton orientation, personne ne peut le faire à ta place. Notions : la liberté, le devoir. Repère : obligation / contrainte.
La conscience et la mauvaise foi
Une table est ce qu’elle est (Sartre dit : « en soi »). La conscience, elle, n’est jamais une chose figée : elle peut toujours se remettre en question (le « pour soi »). Pouvoir changer, c’est aussi pouvoir se mentir. La mauvaise foi, c’est se cacher sa liberté derrière un rôle ou une excuse : « je suis comme ça ». Exemple : le serveur de café qui joue à n’être que serveur. Notion : la conscience. Repère : croire / savoir.
Autour de lui
Simone de Beauvoir, compagne et complice
Elle est deuxième à l’agrégation de philosophie en 1929, derrière Sartre, et devient sa compagne jusqu’à la fin. Leur « pacte » laisse place à d’autres relations, mais pas à la rupture. Elle siège au comité des Temps modernes et publie Le Deuxième Sexe en 1949. Elle est enterrée près de lui, au cimetière du Montparnasse.
Raymond Aron, l’ami-adversaire
Camarade de l’École normale, Aron est premier à l’agrégation en 1928, l’année où Sartre échoue. Sartre prend sa place à Berlin en 1933. Aron siège lui aussi au comité des Temps modernes. Les deux hommes restent amis toute leur vie, mais s’opposent sur la politique et sur la philosophie : une formule célèbre dit qu’il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron.
L’existentialisme : on se définit par ses choix.
Sartre n’invente pas seul. Il prolonge la phénoménologie et lance, avec d’autres, l’existentialisme en France. Pour chaque idée, regarde ce qu’il rejette et ce qu’il propose.
4Découvre son écoleL’existentialisme en France, vers 1940-1960
Quatre combats
La nature humaine
ContreL’idée que l’être humain a une essence fixe, voulue par Dieu ou donnée par la nature, avant même d’exister.
PourL’existence précède l’essence : on commence par exister, puis on se définit par ses actes.
Les excuses
ContreL’idée que ton caractère, ton éducation ou ton milieu décident à ta place : « je suis comme ça ».
PourTu es toujours libre de ce que tu fais de ta situation, donc responsable. Les excuses, c’est de la mauvaise foi.
La morale toute faite
ContreDes règles générales, religieuses ou kantiennes, qui diraient à l’avance quoi faire dans chaque cas.
PourAucune règle ne tranche à ta place : choisir, c’est inventer, et en te choisissant tu proposes une image de l’homme.
L’écrivain
ContreUn auteur à l’écart de son temps, qui écrit « pour l’art » sans prendre parti.
PourLa littérature engagée : l’écrivain est dans son époque, écrire est une action, et dévoiler le monde, c’est déjà le changer.
Sa famille de pensée
Avant, avec, après lui
Touche un nom pour savoir ce qui le relie à Sartre.
Ceux qui l’ont inspiré
Compagnons et rivaux
Ses héritiers et ses contradicteurs
Dans la frise des courants
À toi
Pour ou contre Sartre ? Trie ces quatre idées.
L’atelier du bac : comment Sartre argumente.
Les livres de Sartre sont encore protégés par le droit d’auteur. Voici donc trois idées résumées avec nos mots ; seules les formules très courtes entre guillemets sont de lui. Touche un passage surligné, devine le procédé d’argumentation, puis découvre son effet. Pour lire le texte complet, suis le lien.
5Lis de prèsRepérer, nommer, interpréter
Ce qui le distingue
Sa signature
La formule-choc
Sartre aime les phrases courtes qui se retiennent : « l’existence précède l’essence », « condamné à être libre », « l’enfer, c’est les autres ».
La philosophie en situation
Il explique ses idées par des scènes de la vie : le serveur de café, la main qu’on laisse dans celle d’un autre, l’élève qui hésite. Il écrit aussi des romans et des pièces pour faire sentir ce que le raisonnement démontre.
Un vocabulaire à lui
Dans L’Être et le Néant, il invente un système de mots : l’être en soi (les choses), le pour soi (la conscience), la facticité (ta situation), la mauvaise foi, l’angoisse.
L’engagement
Pour lui, écrire est agir : dans le premier numéro des Temps modernes, il refuse que l’écrivain reste à l’écart. Même le silence d’un écrivain est une prise de position.
Que ferais-tu ?
Tu es Sartre. Trois décisions où ta pensée, ton confort et les attentes des autres ne vont pas dans le même sens. Les points récompensent la décision la plus cohérente avec sa pensée (liberté, responsabilité), pas forcément ce qu’il a fait.
6Prends les décisionsLe conseil
Que ferais-tu à la place de Sartre ?
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.
De la rue Mignard au Montparnasse.
Paris, Le Havre, Berlin, un camp de prisonniers près de Trèves, puis Paris de nouveau : suis Sartre dans les lieux où sa pensée s’est formée.
7Suis le parcours sur la carteSur la carte
Les lieux de la vie de Jean-Paul Sartre
D’après Wikipédia (« Jean-Paul Sartre », « Rue Mignard », « Café de Flore », « Lycée François-Ier (Le Havre) ») et nobelprize.org ; emplacements de la rue Mignard, de Berlin, du camp de Trèves et de la salle des Centraux approximatifs.
Sartre, entre faits et légendes.
On résume souvent Sartre en deux idées : « on peut tout faire » et « les autres sont un enfer ». Ces deux résumés disent presque le contraire de ce qu’il pense.
8Démêle le vrai du fauxLiberté totale ?
Chacun fait ce qu’il veut ?
Sartre dit qu’il n’y a ni Dieu ni nature humaine pour te dicter tes valeurs. Certains en concluent que, pour lui, tout est permis.
Les autres, un enfer ?
« L’enfer, c’est les autres »
La phrase est tirée de Huis clos (1944), une pièce où trois morts sont enfermés ensemble dans un salon. On la cite souvent pour dire que les gens sont insupportables.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Le Café de Flore, « siège social »
En 1939, Paul Boubal rachète le Café de Flore, à l’angle du boulevard Saint-Germain et de la rue Saint-Benoît. Sartre et Beauvoir y travaillent le matin, y déjeunent et y retrouvent leurs amis l’après-midi. Sartre y travaille notamment à L’Être et le Néant.
Bouville, c’est Le Havre
Dans La Nausée, l’action se passe à Bouville, une ville imaginaire inspirée du Havre, où Sartre a enseigné de 1931 à 1936. Le lycée François-Ier, au Havre, compte Sartre et Raymond Aron parmi ses anciens enseignants les plus célèbres, et l’une de ses cours donne sur la rue Jean-Paul-Sartre.
Cinq histoires vraies (ou presque).
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
9Ouvre les cinq anecdotesCe qu’il faut avoir en tête.
Des citations à placer dans une dissertation, les notions du programme et des sujets possibles.
Citations à connaître
« L’existence précède l’essence. »
L’existentialisme est un humanisme, 1946 (conférence de 1945)
« L’homme est condamné à être libre. »
L’existentialisme est un humanisme, 1946 (conférence de 1945)
« L’enfer, c’est les autres. »
Huis clos, 1944
« L’homme est une passion inutile. »
L’Être et le Néant, 1943 (conclusion)
Notions du programme
Notions et sujets
Dissertation · la liberté
Sujets possibles : « Sommes-nous libres de nos choix ? », « Peut-on se libérer de ce que l’on est ? », « Faut-il être libre pour être responsable ? ». Idées de Sartre à mobiliser : pas d’essence avant l’existence, condamné à être libre, mauvaise foi (fuite devant sa liberté), situation (facticité). Prévois une objection : une liberté sans limites ignore les contraintes du corps, de la société, de l’histoire ; Sartre répond que la situation limite les possibles, pas le choix. Repères : en fait / en droit, obligation / contrainte, contingent / nécessaire.
Dissertation · la conscience
Sujets possibles : « Peut-on se mentir à soi-même ? », « Suis-je ce que je fais ? », « La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ? ». Compare le mensonge (je trompe un autre) et la mauvaise foi (je me trompe moi-même), avec le serveur de café. Discute : si je me mens, qui est trompé, et qui sait ? Repères : croire / savoir, objectif / subjectif.
Explication de texte · le devoir
Dans la conférence de 1945, repère l’exemple de l’élève qui hésite entre sa mère et la Résistance. Relève le problème (rester ou partir), la thèse (aucune morale générale ne tranche), la réponse (choisir, c’est inventer) et la conséquence (en me choisissant, je propose une image de l’homme). Explique pourquoi Sartre écarte la morale de Kant, et discute : une morale qui ne dit rien peut-elle guider l’action ? Notions : le devoir, la liberté. Repères : obligation / contrainte, universel / particulier.
Briller en société.
Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.
« L’existence précède l’essence. »
La formule-clé de Sartre, dans L’existentialisme est un humanisme : un objet est défini avant d’exister, pas un être humain. Tu peux l’employer pour dire à un ami qui se juge : « Tu n’es pas condamné à rester le nul en maths de la classe : chez Sartre, l’existence précède l’essence. »
« L’enfer, c’est les autres. »
Réplique de Huis clos (1944), souvent prise pour une insulte. Sartre explique en 1965 que les autres sont ce qu’il y a de plus important en nous pour nous connaître nous-mêmes. Quand nos rapports avec eux sont faussés, ils peuvent devenir un enfer. Aujourd’hui : celui qui ne vit que pour les likes vit un peu en enfer.
« Être de mauvaise foi »
Dans la langue courante, c’est refuser d’admettre une évidence : « Ne sois pas de mauvaise foi ! » Chez Sartre, c’est plus profond : se mentir à soi-même pour fuir sa liberté, comme le serveur qui joue à n’être que serveur. Tu peux dire : « Dire que tu n’as pas le choix, c’est de la mauvaise foi. »
Ce que tu retiens.
Le philosophe de la liberté
L’existence précède l’essence : tu n’as pas de nature fixe, tu te définis par tes choix et tu en réponds.
Le détective de la mauvaise foi
Se cacher derrière « c’est comme ça » ou « on n’a pas le choix », c’est fuir sa liberté. Sartre apprend à le repérer.
L’écrivain engagé
Les Temps modernes, le refus du prix Nobel : pour lui, écrire est une manière d’agir.
Retour au bac
Et les sujets du début ?
Reviens aux sujets du début : tu peux maintenant en traiter plusieurs. Les idées à mobiliser et les objections sont dans « Pour le bac », plus haut.
Ton carnet
Continue le voyage.
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