Charles Baudelaire, le poète qui a fait des fleurs avec le mal.
À 21 ans, il touche l’héritage de son père et en dilapide la moitié en dix-huit mois. À 36 ans, un tribunal condamne son recueil et l’oblige à retirer six poèmes. Il faudra attendre 1949 pour que cette condamnation soit annulée.
Charles Baudelaire, photographie d’Étienne Carjat, vers 1862 (domaine public).
Carte d’identité
Charles Baudelaire 1821-1867
Né et mort à Paris
ModernitéPoésieSpleen et IdéalPoème en proseCritique d’art
Né à Paris en 1821, il perd son père à cinq ans. Un an plus tard, sa mère épouse le commandant Aupick.
À vingt ans, son beau-père l’envoie vers Calcutta pour l’assagir ; il s’arrête à l’île Bourbon et rentre.
En 1857, Les Fleurs du mal sont condamnées : six poèmes sont retirés du recueil.
Il invente le poème en prose (Le Spleen de Paris) et défend une idée de la modernité dans ses textes sur l’art.
Frappé d’aphasie à Namur en 1866, il meurt à Paris le 31 août 1867, à 46 ans.
Œuvres majeures
Les Fleurs du mal1857 · poésie
Les Paradis artificiels1860 · essai
Le Peintre de la vie moderne1863 · critique d’art
Les Épaves1866 · poésie
Le Spleen de Paris1869 · poème en prose
Étape 1 · 1821-1857
Un dandy qui cherche sa voie.
Baudelaire perd son père à cinq ans. Son beau-père, un officier, rêve d’un fils rangé. À vingt ans, il veut surtout écrire. Sa vie sera faite de dettes, de chambres d’hôtel et de poèmes écrits lentement.
1Explore la frise
Comment cette œuvre est-elle née ?
Je fais une hypothèse
Un titre qui choque
Avant de s’appeler Les Fleurs du mal, le recueil devait s’appeler Les Lesbiennes (annoncé en 1845), puis Les Limbes. Le titre final vient d’un ami, le critique Hippolyte Babou. Il réunit deux mots qui ne vont pas ensemble : des fleurs, donc de la beauté, et le mal.
Étape 2 · Le labo
Compte, coupe : le vers sans faille.
Manipule d’abord, comprends ensuite.
2Scande le vers
L’atelier de l’alexandrin
Baudelaire parle d’exil, d’ennui et d’une ville qui disparaît, mais dans la forme la plus stricte de la poésie française : l’alexandrin. Pour chaque vers, compte les syllabes prononcées, puis touche l’espace où tu coupes.
Étape 3 · Les Fleurs du mal
Le spleen, la ville, la beauté qui passe.
Baudelaire écrit des poèmes en vers, des poèmes en prose, des textes sur la peinture et des traductions d’Edgar Poe. Au programme de première : l’objet d’étude « La poésie du XIXe au XXIe siècle », avec la modernité poétique.
3Découvre les œuvres clés
En chiffres
1 100 à 1 300exemplaires de la première édition des Fleurs du mal, parue le 25 juin 1857 (les sources varient)
6 poèmesretirés du recueil après le procès de 1857
32 poèmesajoutés dans l’édition de 1861, qui en compte 126 en tout
1949année où la Cour de cassation annule la condamnation de 1857, soit 92 ans plus tard
À retenir
Les œuvres clés
Les Fleurs du mal (1857, 1861)
Un recueil de poèmes en six sections : « Spleen et Idéal », « Tableaux parisiens » (ajoutée en 1861), « Le Vin », « Fleurs du Mal », « Révolte » et « La Mort ». Le spleen, c’est l’ennui qui écrase ; l’idéal, c’est le désir de beauté. Imagine un dimanche soir de novembre où rien ne te tente, puis une chanson qui, d’un coup, te rend le monde plus grand : Baudelaire écrit entre ces deux états.
Le Spleen de Paris (1869)
Cinquante petits poèmes en prose sur la ville : la foule, la misère, les rencontres de la rue. Baudelaire s’inspire de Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand et rêve d’une prose poétique « musicale sans rythme et sans rime ». Il dédie l’ensemble à son ami Arsène Houssaye. Les textes paraissent d’abord dans des journaux ; le recueil sort après sa mort. C’est comme un carnet de notes sur ce que tu vois dans le métro : de petites scènes, chacune avec sa chute.
Le Peintre de la vie moderne (1863)
Un essai sur le dessinateur Constantin Guys, publié en trois épisodes dans Le Figaro. Baudelaire y définit la modernité : la beauté a deux moitiés, l’une éternelle, l’autre liée à son époque, fugitive. Pour lui, l’artiste doit aussi saisir la mode, la rue, le présent. C’est ce que fait un photographe de rue aujourd’hui : fixer ce qui passe et ne reviendra pas.
Autour de lui
Jeanne Duval, compagne
Elle est la principale muse de Baudelaire. Leur liaison commence vers 1842-1843 et dure près de vingt ans. Quand il s’installe à l’hôtel Pimodan, il loge Jeanne rue de la Femme-sans-Tête, sur l’île Saint-Louis. Elle inspire plusieurs poèmes d’amour des Fleurs du mal.
Caroline Aupick, sa mère
Elle épouse le commandant Aupick en 1828. Baudelaire séjourne chez elle à Honfleur en 1859, puis en 1860 et en 1865, et il y achève la deuxième édition des Fleurs du mal. Après la mort de son fils, c’est elle qui demande à Banville et à Asselineau de préparer l’édition de 1868. Elle repose aujourd’hui avec lui, dans la tombe du général Aupick.
Étape 4 · Son école
La modernité : une beauté qui passe et une forme qui tient.
Baudelaire ne fonde pas d’école. Il admire Hugo, il dédie son recueil à Théophile Gautier, et les poètes qui suivent (Verlaine, Rimbaud, Mallarmé) le prennent pour maître. Pour chaque idée, regarde ce qu’il laisse de côté et ce qu’il propose.
4Découvre son école
La modernité poétique, vers 1850-1870
Quatre combats
Le beau
ContreUne beauté éternelle, la même à toutes les époques, réservée aux sujets nobles.
PourUne beauté à deux moitiés : l’une éternelle, l’autre fugitive, liée au présent. C’est ce que Baudelaire appelle la modernité.
Le laid
ContreUne poésie qui évite le sale, la souffrance et le vice.
PourLes fleurs du mal : l’ennui, la ville, la mort deviennent matière de beauté.
Le lieu
ContreDes poèmes de nature pure, avec la campagne, le lac et les bergers.
PourLa ville : Paris en travaux, la foule, les passants (« Tableaux parisiens »).
La forme
ContreL’idée qu’il faut briser le vers pour être libre.
PourUn vers très tenu (alexandrin, sonnet, rimes) pour les Fleurs du mal, et la prose poétique libre du Spleen de Paris.
Sa famille littéraire
Avant, avec, après lui
Touche un nom pour savoir ce qui le relie à Baudelaire.
Tradition ou modernité ? Trie ces quatre éléments.
Étape 5 · Lire de près
L’atelier du bac : comment Baudelaire écrit.
Trois extraits. Touche un passage surligné, devine la figure de style, puis découvre l’effet qu’elle produit. C’est exactement ce qu’on attend de toi dans un commentaire : repérer, nommer, interpréter.
5Lis de près
Repérer, nommer, interpréter
Ce qui le distingue
Sa signature
L’alexandrin tenu
Des vers très réguliers, avec la coupe au milieu, des rimes soignées et souvent la forme du sonnet. La contrainte donne de la force à ce qui est dit.
L’image qui enferme
Le ciel pèse « comme un couvercle », l’Espérance est « comme une chauve-souris », le poète est « semblable » à l’albatros. Baudelaire pense par images.
Spleen et Idéal
Deux pôles : l’ennui qui écrase, la beauté qui attire. Un poème passe de l’un à l’autre, souvent à la chute.
La ville
Paris en travaux, la foule, les rencontres de la rue : la poésie entre dans la ville (« Tableaux parisiens », Le Spleen de Paris).
Étape 6 · À ta place
Que ferais-tu ?
Tu es Charles Baudelaire. Trois moments où le poète choisit entre le confort, la prudence et son art. Les points récompensent la décision la plus cohérente avec sa pensée et sa situation, pas forcément celle qu’il a prise.
6Prends les décisions
Le conseil
Que ferais-tu à la place de Baudelaire ?
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.
Étape 7 · Une vie sur la carte
De la rue Hautefeuille au Montparnasse.
Paris, Lyon, l’océan Indien, Honfleur, la Belgique : suis Baudelaire de sa naissance à sa tombe.
7Suis le parcours sur la carte
Sur la carte
Les lieux de la vie de Baudelaire
D’après l’article « Charles Baudelaire » de Wikipédia (chronologie) et les éditions des Fleurs du mal ; Wikipédia, articles « Les Fleurs du mal » et « Auguste Poulet-Malassis ».
Étape 8 · Faits et légendes
Baudelaire, entre faits et légendes.
On imagine Baudelaire en poète maudit, pauvre depuis toujours et condamné à jamais. Deux idées reçues méritent d’être vérifiées.
8Démêle le vrai du faux
Légende ou réalité ?
Un poète toujours misérable ?
On le voit en poète pauvre, qui manque de tout dès sa jeunesse.
Une condamnation ?
Six poèmes interdits pour toujours ?
Après le procès de 1857, six poèmes sont retirés des Fleurs du mal.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Un poète au Montparnasse
Baudelaire repose au cimetière du Montparnasse, dans la tombe du général Aupick, avec sa mère. Le poète que son beau-père voulait assagir y repose à ses côtés.
La modernité
Le mot « modernité » reste attaché à Baudelaire. Pour lui, la beauté ne se trouve pas seulement dans l’Antiquité ou dans la nature : elle est aussi dans la rue, la mode, la foule d’une grande ville. Quand tu parles de poésie moderne, tu prolonges son idée.
Étape 9 · Les coulisses
Cinq histoires vraies (ou presque).
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
9Ouvre les cinq anecdotes
Pour le bac de français
Ce qu’il faut avoir en tête.
Des citations à placer dans une dissertation, et des pistes pour un commentaire.
Citations à connaître
« Le Poète est semblable au prince des nuées / Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; »
« L’Albatros », Les Fleurs du mal
« Paris change ! mais rien dans ma mélancolie / N’a bougé ! »
« Le Cygne », Les Fleurs du mal
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle »
« Spleen », Les Fleurs du mal
« Vous créez un frisson nouveau. »
Victor Hugo, lettre à Baudelaire, 1859
Pistes de commentaire
« L’Albatros »
Un poème qui raconte une scène (des marins, un oiseau), puis la lit comme une image du poète. Étudie la comparaison finale, les antithèses (roi / ridicule, ciel / sol) et le passage du récit à la leçon.
« Spleen » (« Quand le ciel bas et lourd »)
Un poème de l’ennui construit sur une longue phrase. Repère les « Quand » qui retardent la proposition principale, les images qui enferment (couvercle, cachot) et la personnification de l’Espérance.
La poésie et la ville
Sujet de dissertation possible : « Peut-on faire de la beauté avec ce qui est laid ou triste ? » Appuie-toi sur « Le Cygne », sur la section « Tableaux parisiens » et sur Le Spleen de Paris.
Bonus
Briller en société.
Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.
« Avoir le spleen »
Le mot « spleen » est partout chez Baudelaire : quatre poèmes « Spleen » dans Les Fleurs du mal, et un recueil, Le Spleen de Paris. Il désigne une mélancolie lourde, sans cause précise, un ennui qui écrase. Aujourd’hui, tu peux dire « j’ai le spleen du dimanche soir » pour parler d’un cafard qui s’installe sans raison.
« Une fleur du mal »
Le titre Les Fleurs du mal a été proposé à Baudelaire par le critique Hippolyte Babou. Il associe la beauté (les fleurs) et ce qui fait souffrir (le mal). On l’emploie pour parler d’une beauté qui naît de choses sombres : « cette chanson triste, c’est une fleur du mal ».
« Un dandy »
Baudelaire est un théoricien du dandysme : le dandy fait de son élégance, de ses manières et de sa distance une façon de vivre, presque une œuvre d’art. Lui-même vit en dandy quand il dépense son héritage à l’hôtel Pimodan. Aujourd’hui, tu peux dire « il a un style de dandy » pour quelqu’un qui soigne son allure avec ironie.
Bilan
Ce que tu retiens.
1
Le poète de la ville
Paris en travaux, la foule, les rencontres de la rue : la poésie sort du jardin (« Tableaux parisiens », Le Spleen de Paris).
2
Spleen et Idéal
Entre l’ennui qui écrase et le désir de beauté : Les Fleurs du mal, dans une forme très tenue.
3
Le poète condamné
Le procès de 1857, six poèmes retirés, une condamnation annulée seulement en 1949.