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À Paris, vers 1677, dans son cabinet de la rue de Vaugirard, Madame de La Fayette, 43 ans, cheveux bruns bouclés sur les tempes, robe de soie sombre, écrit à la lueur d’une bougie, une plume au-dessus d’un manuscrit ; à gauche, une haute fenêtre ouvre sur les toits de Paris au soir.
Littérature · 1634 – 1693

Madame de La Fayette, la romancière qui cachait son nom.

À la cour d’Henri II, tout se voit : les bals, les tournois, les amours du roi. Une jeune femme y découvre qu’elle aime un autre homme que son mari, et elle le lui avoue. Le roman qui raconte cette histoire paraît en 1678 sans nom d’auteur, et on en débat encore aujourd’hui.

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Portrait de Madame de La Fayette
Madame de La Fayette, gravure d’auteur inconnu, XVIIe siècle (domaine public).
Carte d’identité

Madame de La Fayette 1634-1693

Née et morte à Paris

ClassicismeRoman d’analyseHistoireCourAnonymat
  • Elle naît à Paris en 1634 et est baptisée le 18 mars à Saint-Sulpice, sous le nom de Marie-Madeleine Pioche de La Vergne.
  • En 1655, elle épouse François Motier, comte de La Fayette, et devient « Madame de La Fayette ».
  • Elle fréquente Ménage et Segrais, ses conseillers littéraires, tient salon à Paris et se lie avec La Rochefoucauld et Madame de Sévigné.
  • Ses premiers récits, La Princesse de Montpensier (1662) puis Zaïde (1669-1671), paraissent sans son nom ou sous celui de Segrais.
  • En 1678, La Princesse de Clèves paraît sans nom d’auteur. Elle meurt à Paris le 25 mai 1693, sans l’avoir jamais avoué publiquement.
Œuvres majeures
  • La Princesse de Montpensier1662 · nouvelle
  • Zaïde1669-1671 · roman
  • La Princesse de Clèves1678 · roman
  • Histoire de Madame Henriette d’Angleterre1720 · biographie (posthume)
Étape 1 · 1634-1678

Une comtesse qui écrit sans signer.

Madame de La Fayette naît sous Louis XIII et meurt sous Louis XIV. Elle vit surtout à Paris, au milieu des salons, des écrivains et des gens de cour. De ce monde, elle fait un roman, sans mettre son nom dessus.

1Explore la frise

Comment cette œuvre est-elle née ?

Je fais une hypothèse

Pourquoi 1559 ?

En 1678, Louis XIV règne depuis plus de trente ans. Pourtant, Madame de La Fayette raconte une histoire qui se passe en 1558-1559, sous Henri II, plus d’un siècle plus tôt. Et elle connaît très bien la cour de son temps.

Étape 2 · Le labo

Ce que la cour voit, ce que le cœur cache.

Manipule d’abord, comprends ensuite.

2Fais le tri

Montré ou caché

À la cour d’Henri II, on danse, on joue, on se regarde. Mais certaines choses restent cachées. Classe chaque carte : ce que toute la cour voit, ce que le cœur cache, ou les deux à la fois ?

Étape 3 · L’œuvre

Un roman qui regarde dans les cœurs.

Au programme de première, l’objet d’étude « le roman et le récit » passe par le XVIIe siècle, et La Princesse de Clèves est souvent étudiée. Deux forces s’y affrontent : le regard de la cour, qui voit tout, et le secret du cœur, que la princesse protège. On y voit un modèle du roman d’analyse.

3Découvre les œuvres clés

En chiffres

≈ 120 ansentre l’époque racontée (1558-1559) et la publication du roman (1678)
4 tomesdans l’édition de 1678, d’environ 210 pages chacun
10 joursentre la blessure d’Henri II au tournoi et sa mort, en 1559
1 héroïne inventéeau milieu de personnages presque tous réels (Henri II, Marie Stuart, Diane de Poitiers…)

À retenir

Les œuvres clés

La Princesse de Clèves (1678)

À la cour d’Henri II, une jeune femme mariée, Mme de Clèves, tombe amoureuse du duc de Nemours. Elle avoue à son mari qu’elle aime un autre homme, sans le nommer. Devenue veuve, elle refuse pourtant d’épouser Nemours. Aujourd’hui, pense à un groupe de classe où tout se sait : une rumeur, une photo, une story circulent plus vite que le courage de dire la vérité.

La Princesse de Montpensier (1662)

Une nouvelle située pendant les guerres de Religion : une jeune fille, mariée de force à un prince, aime un autre homme. Le thème du devoir contre la passion est déjà là. Elle paraît sans le nom de son autrice, bien avant le grand roman.

Zaïde (1669-1671)

Une « histoire espagnole » en deux tomes, qui se passe dans l’Espagne du Moyen Âge, avec des amours contrariées et des récits enchâssés. Elle paraît sous le nom de Segrais. Compare avec La Princesse de Clèves : ici le décor est lointain, là il est tout proche de la cour de Louis XIV.

Autour de lui

François de La Rochefoucauld, ami

Né en 1613, mort en 1680. Il publie les Maximes (1665), qui montrent l’amour-propre caché derrière les beaux sentiments. Il est l’ami de Madame de La Fayette jusqu’à sa mort en 1680 ; selon certains historiens, il l’a aidée pour ses premiers romans.

Madame de Sévigné, amie

1626-1696. Elle écrit à sa fille, Madame de Grignan, des lettres devenues célèbres. Vers 1659, Madame de La Fayette fait son portrait, publié sous le nom d’un inconnu. Les deux femmes fréquentent le même salon.

Étape 4 · Son école

Le classicisme : dire le plus avec le moins.

Madame de La Fayette est une autrice classique : elle cherche la clarté, la mesure et la vraisemblance. Elle s’éloigne des romans-fleuves à la mode pour écrire un récit court, centré sur les sentiments. Pour chaque idée, regarde ce qu’elle rejette et ce qu’elle propose.

4Découvre son école

Le classicisme et le roman d’analyse, vers 1660-1700

Quatre combats

La longueur

ContreLes romans-fleuves de dix volumes, comme Le Grand Cyrus (1649-1653) et Clélie (1654-1660).

PourUn récit resserré : quatre petits volumes en 1678, une seule intrigue.

Le décor

ContreLes mondes lointains de l’Antiquité, de la Perse ou de Rome, où se passent les romans héroïques.

PourLa cour de France sous Henri II, avec des personnages réels et un tournoi vrai.

L’héroïne

ContreUne héroïne sans faille, qui triomphe de tous les obstacles.

PourUne héroïne qui hésite, se tait, résiste, et souffre de ses propres sentiments.

La fin

ContreLa fin heureuse, où l’amour est récompensé par un mariage.

PourUne fin qui refuse le mariage : la princesse renonce à Nemours et se retire.

Sa famille littéraire

Avant, avec, après lui

Touche un nom pour savoir ce qui le relie à La Fayette.

Ceux qui l’ont guidée

Ses compagnons de route

Ses héritiers

Dans la frise des courants

À toi

Roman héroïque ou roman d’analyse ? Trie ces quatre idées.

Étape 5 · Lire de près

L’atelier du bac : comment Madame de La Fayette écrit.

Trois extraits de la première partie de La Princesse de Clèves (orthographe modernisée). Touche un passage surligné, devine le procédé, puis découvre l’effet qu’il produit. C’est exactement ce qu’on attend de toi dans un commentaire : repérer, nommer, interpréter.

5Lis de près

Repérer, nommer, interpréter

Ce qui le distingue

Sa signature

Un roman d’analyse

Peu d’aventures, beaucoup de regards, de silences et de pensées : le récit suit ce que ressentent les personnages plus que ce qu’ils font.

Le regard de la cour

Un « murmure de louanges », un roi qui aime en public, des « témoignages éclatants » : la cour est un public qui voit tout. Le héros doit protéger ce qu’elle ne voit pas.

Un style sobre et clair

Des phrases longues mais bien construites, des mots abstraits (galanterie, éclat, vertu) et peu de descriptions : l’autrice va à l’essentiel, comme on aime le faire à l’époque classique.

L’histoire comme décor

Des personnages réels (Henri II, Marie Stuart, Diane de Poitiers), des événements vrais (le tournoi de 1559) et une héroïne inventée : l’histoire donne l’air du vrai.

Étape 6 · À ta place

Que ferais-tu ?

Tu es Madame de La Fayette. Trois décisions d’autrice, où ton goût, ta réputation et ta liberté ne vont pas dans le même sens. Les points récompensent le choix le plus cohérent avec sa situation et son art, pas forcément celui qu’elle a vraiment fait.

6Prends les décisions

Le conseil

Que ferais-tu à la place de La Fayette ?

Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.

Étape 7 · Une vie sur la carte

De Saint-Sulpice à Coulommiers.

Paris, le Louvre, Reims, Coulommiers : suis Madame de La Fayette dans sa ville, puis dans celle de son roman, entre 1559 et 1693.

7Suis le parcours sur la carte

Sur la carte

Les lieux de la vie et du roman de Madame de La Fayette

D’après Wikipédia (articles « Madame de La Fayette », « La Princesse de Clèves », « Henri II ») ; Wikisource, La Princesse de Clèves (édition originale de 1678).

Étape 8 · Le mythe La Fayette

La Fayette, entre faits et légendes.

La Princesse de Clèves a la réputation d’un livre austère. Regarde de plus près : l’histoire est plus vraie, et l’autrice plus mystérieuse, qu’on ne le croit.

8Démêle le vrai du faux

L’autrice cachée ?

Un roman signé de son nom ?

Aujourd’hui, La Princesse de Clèves porte le nom de Madame de La Fayette sur toutes les couvertures.

L’histoire est-elle vraie ?

Un récit d’histoire exact ?

On y rencontre Henri II, Diane de Poitiers, Marie Stuart, le duc de Nemours. Tout semble vrai.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Du roman au cinéma

En 2008, Christophe Honoré tourne La Belle Personne, qui transpose l’intrigue dans un lycée d’aujourd’hui. En 2011, le documentaire Nous, princesses de Clèves (Régis Sauder) suit une classe de lycée de Marseille qui étudie le roman.

Un débat dès 1678

Dès 1678, le Mercure galant, revue très lue de l’époque, lance une discussion entre lecteurs sur l’aveu de la princesse. Plusieurs auteurs publient des critiques ou des défenses du roman, dont les Lettres de Valincour. Plus de trois siècles plus tard, le roman continue d’être lu et étudié.

Étape 9 · Les coulisses

Cinq histoires vraies (ou presque).

Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.

9Ouvre les cinq anecdotes
Pour le bac de français

Ce qu’il faut avoir en tête.

Des citations à placer dans une dissertation, et des pistes pour un commentaire.

Citations à connaître

« La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. »

La Princesse de Clèves, première partie, 1678 (ouverture)

« L’ambition et la galanterie étaient l’âme de cette cour »

La Princesse de Clèves, première partie, 1678

« Songez ce que vous devez à votre mari ; songez ce que vous vous devez à vous-même »

Mme de Chartres mourante à sa fille, La Princesse de Clèves, première partie, 1678

« les premiers romans où l’on vit les mœurs des honnêtes gens »

Voltaire, Le Siècle de Louis XIV, 1751, à propos de Zaïde et de La Princesse de Clèves

Pistes de commentaire

Commentaire : l’ouverture du roman

Étudie comment le premier paragraphe peint la cour : un éclat qui se voit (« magnificence », « éclatants »), un roi décrit par l’amour, des tournures hyperboliques. Parcours associé à l’œuvre en première : « Individu, morale et société ». Question possible : en quoi cette ouverture annonce-t-elle un roman de la cour et du regard ?

Commentaire : le bal et la rencontre

Repère le regard collectif (« un murmure de louanges »), le jeu du roi et des reines, la litote (« quelque chose de singulier »). Compare avec une autre scène de première rencontre dans un roman que tu connais.

Dissertation : roman d’analyse ou roman d’histoire ?

Sujets possibles : « Un roman doit-il montrer les sentiments plutôt que les événements ? », « La Princesse de Clèves est-elle un roman historique ? ». Appuie-toi sur les personnages réels et l’héroïne inventée, sur le regard de la cour et sur le refus final. Pour une explication de texte, pars toujours du passage : repère, nomme, interprète.

Bonus

Briller en société.

Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.

« La galanterie »

Dès la première phrase, le roman parle de « magnificence » et de « galanterie ». Au XVIIe siècle, la galanterie, ce n’est pas seulement la politesse : c’est l’art de plaire et de faire la cour, avec ses intrigues amoureuses. Quand tu lis ce mot dans un texte classique, pense séduction et intrigue plus que bonnes manières.

« Un roman d’analyse »

On appelle ainsi un roman qui s’intéresse moins aux aventures qu’à ce que ressentent les personnages. La Princesse de Clèves est considérée comme le premier roman psychologique moderne. Tu peux dire d’un livre ou d’un film qui explore les sentiments plutôt que l’action : « C’est un roman d’analyse, comme La Princesse de Clèves. »

« Un aveu »

L’aveu de la princesse à son mari est la scène la plus célèbre du livre : elle lui dit qu’elle aime un autre homme, sans le nommer. Dès 1678, les lecteurs se disputent : était-ce sage ? Tu peux la citer quand on hésite à dire une vérité qui fait mal : « Avouer ou se taire ? Comme la Princesse de Clèves. »

Bilan

Ce que tu retiens.

1

La cour qui regarde

Bal, tournoi, amours du roi : à la cour d’Henri II, tout est spectacle. Le roman le montre dès la première phrase.

2

Le cœur qui se tait

Mme de Clèves aime un homme qu’elle refuse. Ses sentiments, ses silences et son aveu sont le vrai sujet : c’est ce qu’on appelle un roman d’analyse.

3

L’autrice sans nom

Le livre paraît en 1678 sans nom d’auteur. Madame de La Fayette ne l’a jamais avoué publiquement.

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