« Un pianocktail »
Mot-valise (piano + cocktail) inventé par Vian pour un piano qui prépare un cocktail dont le goût dépend de la musique jouée. Tu peux t’en servir pour parler d’une invention folle qui mêle deux plaisirs.
Ingénieur de formation et trompettiste de jazz, il publie en 1947 un roman où un piano fabrique des cocktails et où un nénuphar pousse dans le poumon d’une jeune femme. Ce livre passe presque inaperçu, alors que son roman noir « américain », écrit en quinze jours sous un faux nom, lui vaut un procès. Il meurt à 39 ans, pendant la projection d’un film tiré de ce dernier livre ; c’est après sa mort que L’Écume des jours devient un classique.
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Né à Ville-d’Avray, mort à Paris
Vian naît dans une famille aisée de Ville-d’Avray, près de Paris. Adolescent, il découvre le jazz, puis il devient ingénieur. Toute sa vie, il reste un inventeur : de machines imaginaires, de mots et de chansons.
1Explore la friseComment cette œuvre est-elle née ?
Je fais une hypothèse
Dans L’Écume des jours (1947), Chloé tombe malade : un nénuphar pousse dans son poumon. Pour la soigner, il faut l’entourer de fleurs, et son mari, Colin, dépense toute sa fortune pour en acheter.
Manipule d’abord, comprends ensuite.
2Fais le triRéel ou inventé ?
Dans L’Écume des jours, Vian mélange des choses qui existent vraiment et des choses qu’il invente. Classe chaque carte : existe-t-elle dans le monde réel, ou seulement dans l’imagination de Vian ? Une carte peut relever des deux.
Au programme de première, l’objet d’étude « le roman et le récit » peut passer par le XXe siècle, et L’Écume des jours est très étudié au collège et au lycée. Vian y mêle amour, jazz, humour et tragédie, dans un monde où les objets, les mots et même les murs suivent les sentiments.
3Découvre les œuvres clésEn chiffres
À retenir
Colin, jeune homme riche, aime le jazz et n’a pas besoin de travailler. Il rencontre Chloé, dont le prénom vient d’un air arrangé par Duke Ellington, et ils se marient. Puis un nénuphar se met à pousser dans le poumon de Chloé. Pour la soigner, Colin l’entoure de fleurs et dépense sa fortune ; son appartement rétrécit et s’assombrit, et il doit enfin travailler. Son ami Chick, lui, se ruine pour acheter tous les livres du philosophe Jean-Sol Partre, une caricature de Sartre. Aujourd’hui, pense à un fan qui dépense toutes ses économies pour une collection complète.
Un roman noir très violent, situé dans le Sud des États-Unis, que Vian présente comme la traduction d’un auteur américain nommé Vernon Sullivan. Le faux auteur est un jeu avec le vrai et le faux, mais le jeu devient sérieux : le livre est un best-seller en 1947. Un homme tue sa maîtresse et laisse un exemplaire annoté du livre près du corps. Le Cartel d’action sociale et morale porte plainte ; le livre est interdit en 1949 et Vian est condamné en 1950 pour outrage aux bonnes mœurs.
Une chanson pacifiste que Vian écrit en 1954, pendant la guerre d’Indochine, avec le musicien Harold Berg. Son narrateur refuse de partir à la guerre. Mouloudji la chante le premier, mais la radio l’interdit. Elle sera reprise par Serge Reggiani, Juliette Gréco ou Joan Baez, et Renaud s’en inspire en 1983. Aucune parole n’est citée ici : écoute-la en entier. Aujourd’hui, on discute encore des chansons qui dérangent.
Autour de lui
Il travaille chez Gallimard et devient l’ami de Vian, presque comme un père. Selon Wikipédia, Queneau défend Vian lors du procès de J’irai cracher sur vos tombes. À propos de L’Arrache-cœur, il écrit : « Boris Vian va devenir Boris Vian. »
Pianiste et chef d’orchestre américain, il bouleverse Vian lors de ses concerts du Palais de Chaillot, les 3 et 4 avril 1939. Dans L’Écume des jours, l’héroïne porte le prénom d’un de ses airs, Chloé. L’avant-propos dit que seuls comptent l’amour et la musique de La Nouvelle-Orléans ou d’Ellington.
Vian n’appartient à aucun groupe officiel. On le rapproche du surréalisme par son goût de l’imaginaire, de la ’pataphysique par son humour savant, et de Saint-Germain-des-Prés par ses amis (Sartre, Queneau). Pour chaque idée, regarde ce qu’il rejette et ce qu’il propose.
4Découvre son écoleImaginaire, ’pataphysique et jazz en France, vers 1940-1960
ContreUn roman qui décrit la réalité telle qu’elle est, sans rien changer.
PourUn monde déformé : l’imagination grossit le réel pour le faire voir autrement.
ContreL’esprit de sérieux : les grandes idées et les grandes phrases prises au pied de la lettre.
PourLe rire savant : la ’pataphysique, « science des solutions imaginaires », se moque des certitudes en restant très sérieuse.
ContreUne langue figée, où chaque mot garde un seul sens.
PourDes mots inventés : mots-valises (pianocktail), noms déformés (Partre), monnaie fantaisiste (doublezons).
ContreL’idée que l’amour et l’argent durent toujours.
PourUn bonheur fragile : l’amour de Colin et Chloé ne résiste ni à la maladie ni au manque d’argent.
Sa famille littéraire
Touche un nom pour savoir ce qui le relie à Vian.
Dans la frise des courants
À toi
Vian est mort en 1959 : son œuvre est encore sous droits, on ne peut donc citer que de très courts extraits. Touche un passage surligné, devine le procédé, puis découvre l’effet qu’il produit. C’est ce qu’on attend de toi dans un commentaire : repérer, nommer, interpréter.
5Lis de prèsRepérer, nommer, interpréter
Ce qui le distingue
« Pianocktail » colle piano et cocktail, « doublezons » désigne la monnaie, « Jean-Sol Partre » détourne le nom de Sartre. Un mot-valise réunit deux mots en un seul : Vian fabrique des mots comme des machines.
L’appartement de Colin rétrécit et s’assombrit à mesure que Chloé va plus mal : le monde extérieur devient l’image du monde intérieur.
Dans le roman, le temps qu’il fait suit la maladie de Chloé, et le cuisinier Nicolas vieillit sans explication : le temps lui-même se plie au récit.
Jean-Sol Partre et « Le Vomi » parodient Sartre et La Nausée ; le prénom Chloé renvoie à Duke Ellington. Pour lire Vian, il faut repérer ces jeux, sans en perdre l’émotion.
Tu es Boris Vian. Trois décisions où ton goût du jeu, ta liberté et les risques du monde réel ne vont pas dans le même sens. Les points récompensent le choix le plus cohérent avec sa pensée, pas forcément celui qu’il a vraiment fait.
6Prends les décisionsLe conseil
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.
Ville-d’Avray, Paris, Angoulême, Saint-Germain-des-Prés, Pigalle : suis Vian de sa naissance à sa tombe, entre la banlieue ouest et le cœur de Paris.
7Suis le parcours sur la carteSur la carte
D’après Wikipédia (articles « Boris Vian », « L’Écume des jours », « J’irai cracher sur vos tombes », « Le Déserteur », « Collège de ’Pataphysique ») ; Larousse ; Hérodote.net ; Encyclopædia Universalis ; BnF (bibliographie Boris Vian, 2020) ; Ellington Galaxy.
Vian est devenu une icône : le « prince du Tabou », le jeune homme mort en plein film. Mais plusieurs de ces images sont à nuancer. Regarde de plus près.
8Démêle le vrai du fauxLégende ou réalité ?
On lit souvent que Vian a lancé le quartier de Saint-Germain-des-Prés et qu’il y vivait, entre les caves de jazz et les écrivains.
Une scène sûre ?
Beaucoup de récits racontent que Vian, pendant la projection du film, aurait protesté contre ce qu’il voyait avant de s’effondrer.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
En 1947, L’Écume des jours passe presque inaperçu. Après la mort de Vian, ses romans trouvent un public jeune, surtout à partir des années 1960 (selon Wikipédia, avec une réédition en poche chez 10/18 à la fin des années 1960). Le livre est adapté au cinéma par Charles Belmont (1968) puis par Michel Gondry (2013), avec Romain Duris et Audrey Tautou.
Vian signe parfois d’un autre nom : la BnF compte une trentaine de pseudonymes, dont Vernon Sullivan. Il est aussi ingénieur, trompettiste, chanteur et auteur de près de cinq cents chansons.
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
9Ouvre les cinq anecdotesDes citations à placer dans une dissertation, et des pistes pour un commentaire.
Citations à connaître
« l’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre »
L’Écume des jours, avant-propos, 1947
« Le reste devrait disparaître, car le reste est laid »
L’Écume des jours, avant-propos, 1947
« Colin se mit à pleurer tout à coup, car il savait que Chloé avait mal. »
L’Écume des jours, chapitre XXXIV, 1947
« la science des solutions imaginaires »
Alfred Jarry, Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, 1911 (définition de la ’pataphysique)
Pistes de commentaire
Objet d’étude : le roman et le récit. Étudie le paradoxe « entièrement vraie / imaginée », l’hyperbole « le reste devrait disparaître » et le ton de provocation joyeuse. Que dit cet avant-propos du pacte de lecture ? Conseil : pars du passage, repère, nomme, interprète.
Sujets possibles : « En quoi l’imagination déforme-t-elle le réel dans L’Écume des jours ? », « Le merveilleux de Vian est-il une fuite ou une manière de dire le réel ? », « Le comique et le tragique se mêlent-ils dans le roman ? ». Appuie-toi sur le pianocktail, le nénuphar, l’appartement qui rétrécit et l’argent.
Pour un commentaire, repère les mots-valises, les noms déformés (Partre), les comparaisons et les décors qui suivent les sentiments. Relie chaque invention à un thème : l’amour, l’argent, la maladie. Et cherche le moment où le jeu s’arrête : c’est là que le roman touche le plus.
Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.
« Un pianocktail »
Mot-valise (piano + cocktail) inventé par Vian pour un piano qui prépare un cocktail dont le goût dépend de la musique jouée. Tu peux t’en servir pour parler d’une invention folle qui mêle deux plaisirs.
« Un nénuphar dans le poumon »
Image d’une maladie impossible et pourtant effrayante : elle fait sentir la peur sans la décrire. Tu peux la citer pour une chose belle et inoffensive en apparence qui cache une menace.
« L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre »
Phrase de l’avant-propos de L’Écume des jours : un paradoxe pour dire que la fiction peut dire le vrai. Elle sert quand on te reproche de « mentir » dans une rédaction, une BD ou un jeu : inventer, ce n’est pas mentir.
Un piano à cocktails, un nénuphar dans le poumon, un appartement qui rétrécit : l’imagination déforme le monde pour mieux faire voir le bonheur fragile, l’argent et la maladie.
Mots-valises, noms déformés, monnaie fantaisiste : le langage lui-même est un terrain de jeu, et le jeu dit quelque chose de sérieux.
Vernon Sullivan, un procès, une chanson interdite à la radio : jouer avec le vrai et le faux a des conséquences réelles.
Ton carnet
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Chaque indice relevé pendant le parcours s’ajoute ici.