Au bac, tu pourrais tomber sur…
Au bac de philosophie, tu choisis parmi trois sujets : deux dissertations et une explication de texte. Voici des sujets de ce genre, que cette page t’aide à traiter. Lis-la avec eux en tête : à chaque étape, demande-toi à quel sujet l’idée peut servir.
La pierre qui penseLettre 58 (1674)Tu expliques un passage : sa thèse, ses étapes, son enjeu.
Touche un sujet pour le garder en tête : on y revient au bilan. Idées à mobiliser et objections ↓
Ce sont des sujets dans l’esprit du bac, pas des sujets déjà tombés.

Baruch Spinoza 1632-1677
Né à Amsterdam, mort à La Haye
- Il naît à Amsterdam le 24 novembre 1632, dans une famille juive d’origine portugaise, descendante de juifs convertis de force au christianisme.
- À 23 ans, le 27 juillet 1656, la communauté juive d’Amsterdam le bannit pour des hérésies qu’elle ne détaille pas.
- Il gagne sa vie en taillant des lentilles pour lunettes et microscopes, à Rijnsburg, Voorburg puis La Haye.
- Son Traité théologico-politique paraît en 1670 sans nom d’auteur et avec un faux lieu d’édition ; l’Éthique, rédigée entre 1661 et 1675, ne paraît qu’après sa mort.
- Il meurt à La Haye le 21 février 1677, à 44 ans ; ses amis publient ses œuvres la même année.
- Principes de la philosophie de Descartes1663 · exposé philosophique
- Traité théologico-politique1670 · traité de politique et de religion
- Éthique1677 (posth.) · traité de philosophie
- Traité politique1677 (posth.) · traité inachevé
- Traité de la réforme de l’entendement1677 (posth.) · traité de méthode
Un enfant d’Amsterdam, un jeune homme banni.
Spinoza naît dans une communauté qui a fui l’intolérance et qui défend jalousement ses règles. Très tôt, ses questions sur Dieu et sur la Bible dépassent ce qu’elle peut accepter.
1Explore la friseComment cette œuvre est-elle née ?
Je fais une hypothèse
Un jeune homme chassé de sa communauté
Amsterdam, 27 juillet 1656. Dans la synagogue, on lit une sentence contre un jeune homme de 23 ans. Elle parle d’hérésies abominables et d’actes monstrueux, mais ne dit pas lesquels.
Trois façons d’agir.
Manipule d’abord, comprends ensuite.
2Fais le triLibre, contraint ou esclave ?
Pour Spinoza, la vraie question n’est pas « ai-je le choix ? » mais « qu’est-ce qui me fait agir, et le sais-je ? ». Il distingue trois situations : être contraint par une cause extérieure, se croire libre sans connaître les causes de ce qu’on fait, ou être libre : agir par sa propre nature, en comprenant. À toi de classer dix situations.
Tout a une cause, même nos choix.
Pour Spinoza, Dieu et la Nature ne sont pas deux choses, et l’homme n’est pas à part dans la nature : tout s’explique par des causes, y compris nos désirs. Reste une question : si tout a une cause, que devient la liberté ?
3Découvre les idées clésEn chiffres
À retenir
Les idées clés
Dieu, c’est la Nature
Spinoza écrit « Deus sive Natura » : « Dieu, c’est-à-dire la Nature » (Éthique, IV, préface). Il n’y a qu’une seule réalité, dont tout découle par des lois nécessaires : ni miracle, ni plan caché. Une éclipse n’est pas un message des dieux : elle a des causes. Dans le Traité théologico-politique, il lit aussi la Bible comme un texte écrit par des hommes, à une époque donnée. Notions : la nature, la religion, la raison. Repères : nécessaire / contingent, croire / savoir.
Le désir, notre force de vivre
« Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être » (Éthique, III, proposition 6) : cet effort s’appelle le conatus. Chez l’homme, il devient le désir : « le Désir est l’Appétit avec conscience de lui-même » (III, 9, scolie). Autre idée choc : on ne désire pas une chose parce qu’elle est bonne, on la juge bonne parce qu’on la désire. Exemple : tu trouves « bonne » la série que tu as envie de voir. Notions : le désir, le bonheur.
Être libre, c’est comprendre
Être libre, ce n’est pas choisir sans cause : c’est agir par sa propre nature, en comprenant ce qui nous pousse (Éthique, I, définition 7). Ce qu’on appelle libre arbitre est une illusion née de l’ignorance des causes. Exemple : quand tu comprends pourquoi tu t’énerves toujours au même moment, ta colère te mène moins. En politique, l’État existe pour protéger cette liberté (Traité théologico-politique, XX). Notions : la liberté, l’État. Repères : obligation / contrainte, en fait / en droit.
Autour de lui
Franciscus van den Enden, le maître de latin
Ancien jésuite, il tient une école de latin à Amsterdam et enseigne le latin à Spinoza à la fin des années 1650. Démocrate convaincu, il défend la liberté d’expression et la souveraineté du peuple. Installé ensuite à Paris, il est mêlé à un complot contre Louis XIV et pendu devant la Bastille le 27 novembre 1674. Les historiens discutent son influence réelle sur Spinoza.
Lodewijk Meyer, l’ami médecin
Médecin, proche de Spinoza, il fait partie du petit cercle d’amis qui le soutient. À la mort du philosophe, ses manuscrits arrivent à Amsterdam, où Meyer et Jarig Jelles participent à leur publication. Sans ces amis, l’Éthique n’aurait peut-être jamais paru.
Le rationalisme : tout s’explique, même l’homme.
Spinoza appartient au rationalisme du XVIIe siècle : avec Descartes et Leibniz, il pense que la raison peut tout comprendre. Mais il va plus loin que Descartes : pour lui, même l’homme, ses passions et sa liberté s’expliquent par des causes. Pour chaque idée, regarde ce qu’il rejette et ce qu’il propose.
4Découvre son écoleLe rationalisme au XVIIe siècle
Quatre combats
Dieu
ContreUn Dieu-personne, extérieur au monde, qui choisit librement, punit et récompense.
PourDieu, c’est-à-dire la Nature : une seule réalité, dont tout découle par nécessité (Éthique, IV, préface).
L’homme
ContreUn homme à part dans la nature, qui échapperait à ses lois par la force de sa volonté.
PourUn être de nature comme les autres : ses passions s’étudient comme on étudie des figures de géométrie.
La liberté
ContreLe libre arbitre : choisir sans cause, d’un pur « je veux ».
PourLa liberté, c’est agir par sa propre nature en comprenant ce qui nous fait agir (Éthique, I, définition 7).
L’État
ContreUn pouvoir qui commande les consciences et punit les opinions.
PourUn État dont la fin est la liberté : chacun peut penser ce qu’il veut et dire ce qu’il pense (Traité théologico-politique, XX).
Sa famille de pensée
Avant, avec, après lui
Touche un nom pour savoir ce qui le relie à Spinoza.
Ceux qui l’ont inspiré
Compagnons et adversaires
Ses héritiers
Dans la frise des courants
À toi
Spinoza ou son contraire ? Trie ces quatre idées.
L’atelier du bac : comment Spinoza argumente.
Trois extraits de Spinoza. Touche un passage surligné, devine le procédé d’argumentation, puis découvre son effet. En explication de texte, on attend de toi la même chose : repérer, nommer, interpréter.
5Lis de prèsRepérer, nommer, interpréter
Ce qui le distingue
Sa signature
La méthode géométrique
L’Éthique est « démontrée selon l’ordre géométrique » : définitions, axiomes, propositions, démonstrations, comme dans les Éléments d’Euclide. Pour Spinoza, on peut démontrer la morale comme un théorème. Astuce de lecteur : les scolies, plus libres, expliquent ce qui est en jeu.
Un seul monde, sans miracle
Dieu et la Nature sont une seule réalité, qui obéit à des lois nécessaires. Il n’y a ni miracle, ni plan caché, ni but final. C’est ce qui scandalise ses contemporains.
Comprendre au lieu de juger
Spinoza étudie les passions comme des phénomènes naturels : ni rire, ni pleurer, ni détester, mais comprendre (Traité politique, I, 4). La colère n’est pas un défaut, c’est un effet qui a des causes.
Une liberté qui se conquiert
On naît soumis aux passions et aux causes extérieures ; on devient libre en comprenant. Le chemin est difficile : « tout ce qui est beau est difficile autant que rare », dernière phrase de l’Éthique.
Que ferais-tu ?
Tu es Spinoza. Trois décisions où ta liberté, ta sécurité et ta pensée ne vont pas dans le même sens. Les points récompensent la décision la plus cohérente avec sa pensée, pas forcément ce qu’il a fait.
6Prends les décisionsLe conseil
Que ferais-tu à la place de Spinoza ?
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.
D’Amsterdam à La Haye.
Spinoza voyage peu : sa vie se passe dans quelques villes de Hollande, à moins de 60 kilomètres les unes des autres. Suis ses déménagements, de sa naissance à sa tombe.
7Suis le parcours sur la carteSur la carte
Les lieux de la vie de Spinoza
D’après Spinoza, Lettres et Éthique (trad. Charles Appuhn) ; Stanford Encyclopedia of Philosophy et Internet Encyclopedia of Philosophy, « Spinoza » ; Wikipédia, « Baruch Spinoza », « Rijnsburg », « Voorburg », « Johan de Witt » ; emplacements approximatifs.
Spinoza, entre faits et légendes.
Pour ses adversaires, Spinoza est un athée dangereux ; pour ses admirateurs, un saint laïque seul contre tous. Les deux images simplifient.
8Démêle le vrai du fauxLégende ou réalité ?
Un athée ?
Dès son vivant, on traite Spinoza d’athée. L’accusation lui colle à la peau, aujourd’hui encore.
Un penseur isolé ?
Un solitaire dans sa chambre ?
On imagine Spinoza enfermé dans une chambre louée, à tailler des verres en silence.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Le Dieu d’Einstein
Le 24 avril 1929, le rabbin new-yorkais Herbert Goldstein demande par télégramme à Albert Einstein s’il croit en Dieu. Einstein répond qu’il croit au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’harmonie de tout ce qui existe, et non à un Dieu qui s’occupe du destin et des actes des hommes. Près de trois siècles plus tard, la formule de Spinoza sert encore de référence.
Le prix Spinoza
Depuis 1995, les Pays-Bas décernent chaque année le prix Spinoza, leur plus haute distinction scientifique : 2,5 millions d’euros à dépenser librement pour la recherche, et une statuette du philosophe. Le pays qui l’a ignoré, puis interdit, honore aujourd’hui son nom.
Cinq histoires vraies (ou presque).
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
9Ouvre les cinq anecdotesCe qu’il faut avoir en tête.
Des citations à placer dans une dissertation, les notions du programme et des sujets possibles.
Citations à connaître
« Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. »
Éthique, III, proposition 6, trad. Ch. Appuhn
Nous ne désirons pas une chose parce qu’elle est bonne : nous la jugeons bonne parce que nous la désirons.
Éthique, III, proposition 9, scolie, paraphrase
« La fin de l’État est donc en réalité la liberté. »
Traité théologico-politique, chapitre XX, trad. Ch. Appuhn
« Mais tout ce qui est beau est difficile autant que rare. »
Éthique, V, proposition 42, scolie (dernière phrase), trad. Ch. Appuhn
Notions du programme
Notions et sujets
Dissertation · la liberté et le désir
Sujets possibles : « Être libre, est-ce faire ce que l’on veut ? », « Peut-on être libre sans connaître les causes de ses actes ? », « La liberté est-elle une illusion ? ». Idées de Spinoza à mobiliser : la liberté n’est pas l’absence de cause (Éthique, I, définition 7), l’illusion de la pierre (lettre 58), le désir comme essence de l’homme, comprendre pour se libérer. Prévois une objection : si tout est nécessaire, à quoi bon délibérer ? Notions : la liberté, le désir. Repères : nécessaire / contingent, obligation / contrainte.
Dissertation · l’État et la religion
Sujets possibles : « La liberté de penser menace-t-elle l’État ? », « L’État doit-il tolérer toutes les opinions ? », « La religion peut-elle être l’affaire de l’État ? ». Utilise le Traité théologico-politique (chapitre XX : la fin de l’État est la liberté) et le cas des Provinces-Unies au XVIIe siècle. Objection possible : une liberté sans limites ne met-elle pas la paix en danger ? Notions : l’État, la religion, la liberté. Repères : légal / légitime, en fait / en droit.
Explication de texte · la pierre
Dans la lettre 58, relève l’expérience de pensée (la pierre qui pense), la conclusion (« croira qu’elle est très libre ») et l’analogie avec l’homme. Explique « conscience de leurs appétits » et « ignorent les causes ». Discute : si la liberté est d’abord une illusion, peut-on encore être responsable de ses actes ? Notions : la liberté, le désir. Repères : théorie / pratique, nécessaire / contingent.
Briller en société.
Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.
« Persévérer dans son être »
Phrase de l’Éthique (III, 6) : « Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. » Spinoza appelle conatus cet effort de tout être pour durer. Tu peux l’employer pour dire qu’une institution ou une habitude s’accroche : « Ce vieux logiciel persévère dans son être : personne n’ose l’éteindre. »
« Ni rire, ni pleurer, mais comprendre »
Résumé célèbre d’un passage du Traité politique (I, 4). Ce n’est pas la phrase exacte de Spinoza, qui écrit avoir mis tous ses soins à ne pas se moquer des actions des hommes, à ne pas les déplorer ni les détester, mais à les comprendre. Pratique face à une dispute ou à une rumeur : avant de te moquer ou de t’indigner, essaie de comprendre.
« Tout ce qui est beau est difficile autant que rare »
Dernière phrase de l’Éthique (V, 42, scolie) : « Mais tout ce qui est beau est difficile autant que rare. » Spinoza y parle du chemin vers la liberté intérieure. On peut la dire à un ami découragé avant un concours ou un projet difficile : si c’était facile, tout le monde l’aurait déjà fait.
Ce que tu retiens.
Le banni
Chassé à 23 ans pour ses idées, Spinoza vit de ses verres et pense librement, à l’écart.
Le penseur de la nécessité
Tout a une cause, même nos désirs : on se croit libre quand on ignore ce qui nous fait agir.
Le philosophe de la liberté
Être libre, c’est comprendre ses causes. L’État, lui, existe pour protéger cette liberté de penser.
Retour au bac
Et les sujets du début ?
Reviens aux sujets du début : tu peux maintenant en traiter plusieurs. Les idées à mobiliser et les objections sont dans « Pour le bac », plus haut.
Ton carnet
Continue le voyage.
À côté de Spinoza dans la frise. Tous les philosophes · Les courants






