Au bac, tu pourrais tomber sur…
Au bac de philosophie, tu choisis parmi trois sujets : deux dissertations et une explication de texte. Voici des sujets de ce genre, que cette page t’aide à traiter. Lis-la avec eux en tête : à chaque étape, demande-toi à quel sujet l’idée peut servir.
Le lever du soleilEnquête sur l’entendement humain, section IVTu expliques un passage : sa thèse, ses étapes, son enjeu.
Touche un sujet pour le garder en tête : on y revient au bilan. Idées à mobiliser et objections ↓
Ce sont des sujets dans l’esprit du bac, pas des sujets déjà tombés.

David Hume 1711-1776
Né et mort à Édimbourg
- Il naît à Édimbourg le 7 mai 1711 (26 avril en ancien style), dans une famille de petite noblesse écossaise.
- Avant ses trente ans, il publie le Traité de la nature humaine (1739-1740), qui passe presque inaperçu.
- Écarté des chaires d’Édimbourg et de Glasgow, il vit de sa plume, puis comme bibliothécaire et diplomate.
- Secrétaire d’ambassade à Paris (1763-1765), il est reçu dans la bonne société, puis se brouille avec Rousseau.
- Il meurt à Édimbourg le 25 août 1776, à 65 ans ; ses Dialogues sur la religion naturelle paraissent en 1779.
- Traité de la nature humaine1739-1740 · philosophie
- Enquête sur l’entendement humain1748 · philosophie
- Enquête sur les principes de la morale1751 · morale
- Histoire d’Angleterre1754-1762 · histoire
- Dialogues sur la religion naturelle1779 (posthume) · religion
Un jeune Écossais, un grand pari.
Hume naît à Édimbourg dans une famille de petite noblesse, perd son père tout petit et refuse le droit pour la philosophie. Il part en France écrire un livre ambitieux : une science de l’homme fondée sur l’expérience. Le livre passe presque inaperçu.
1Explore la friseComment cette œuvre est-elle née ?
Je fais une hypothèse
Des excuses pour Charon
Édimbourg, été 1776. Hume, 65 ans, sait que sa maladie de l’intestin va l’emporter. Il a relu les Dialogues des morts de l’écrivain grec Lucien, où des mourants inventent des excuses pour ne pas monter dans la barque de Charon, le passeur des morts. Il raconte à son ami Adam Smith qu’il cherche les siennes.
Deux familles de vérités.
Manipule d’abord, comprends ensuite.
2Fais le triLa fourchette de Hume
Hume range tout ce que nous pouvons connaître en deux familles. Dans la relation d’idées, le vrai se découvre en pensant, et le contraire est contradictoire. Dans la question de fait, il faut l’expérience, et le contraire reste possible. Pour chaque phrase, choisis la famille. Astuce : demande-toi « si c’était faux, y aurait-il une contradiction ? »
Une seule question : pourquoi croyons-nous ?
Hume veut étudier l’esprit humain comme Newton étudie la nature : par l’observation. Il part d’un principe simple : toutes nos idées viennent de l’expérience. Une question en découle : que peut-on vraiment savoir, et qu’est-ce qui n’est qu’une croyance fondée sur l’habitude ?
3Découvre les idées clésEn chiffres
À retenir
Les idées clés
On ne voit jamais la cause (1739-1748)
Une boule de billard en frappe une autre, qui part. Tu vois deux choses : le choc, puis le mouvement. Tu ne vois pas une force invisible qui « fait » partir la seconde boule. Hume en conclut que nous ne percevons jamais un lien nécessaire entre une cause et son effet, seulement une succession d’événements. Exemple : tu appuies sur l’interrupteur et la lumière s’allume. Tu vois l’un, puis l’autre, jamais le « parce que » entre les deux. Notions : la raison, la vérité. Repères : contingent / nécessaire, théorie / expérience.
L’habitude, pas la raison (1748)
Pourquoi crois-tu que le soleil se lèvera demain ? Parce qu’il s’est levé tous les matins jusqu’ici. Mais cet argument suppose déjà que l’avenir ressemblera au passé, et aucune preuve ne le garantit : « le soleil ne se lèvera pas demain » ne se contredit pas. Ce qui nous fait attendre la même suite, c’est l’habitude. On appellera plus tard « problème de l’induction » ce passage de « jusqu’ici toujours » à « toujours ». L’habitude n’est pas une faute : Hume en fait « le grand guide de la vie humaine ». Mais elle donne de fortes attentes, pas des vérités démontrées. Notions : la raison, la science. Repères : en fait / en droit, croire / savoir.
Croire en proportion des preuves (1748)
Hume ne dit pas qu’il faut tout croire, ni ne rien croire. Il écrit : « un homme sage proportionne sa croyance aux preuves ». Une rumeur ne vaut pas une expérience répétée mille fois. Exemple : une vidéo virale montre un « miracle ». Qu’est-ce qui est le plus probable : que les lois de la nature aient été suspendues, ou qu’il y ait un trucage ou une erreur ? Selon Hume, c’est presque toujours la seconde réponse. Cette règle vaut pour la science comme pour la religion (la section X de l’Enquête traite des miracles). Notions : la science, la religion, la vérité. Repères : croire / savoir, théorie / expérience.
Autour de lui
Adam Smith, l’ami fidèle
Philosophe et économiste écossais (1723-1790). Il rend visite à Hume pendant sa dernière maladie. Dans une lettre à l’éditeur William Strahan (9 novembre 1776), il raconte sa sérénité et écrit qu’il l’a toujours jugé aussi proche de l’idée d’un homme parfaitement sage et vertueux que la faiblesse humaine le permet.
Jean-Jacques Rousseau, l’invité devenu adversaire
Écrivain genevois (1712-1778). Chassé de Suisse et menacé d’arrestation en France, il part de Paris avec Hume le 4 janvier 1766 et arrive à Londres le 13. Quelques mois plus tard, persuadé d’un complot, il rompt avec son hôte. La querelle fait scandale dans toute l’Europe.
L’empirisme : tout vient de l’expérience.
Hume pense dans la tradition de l’empirisme britannique, après Locke et Berkeley : toute connaissance vient de l’expérience. Mais il va plus loin qu’eux : il montre jusqu’où cette idée mène, et où elle nous laisse sans preuve. Pour chaque idée, regarde ce qu’il rejette et ce qu’il propose.
4Découvre son écoleL’empirisme et les Lumières écossaises, XVIIIe siècle
Quatre combats
La raison
ContreUne raison toute-puissante, qui découvrirait par la seule pensée les causes et les lois du monde (le rationalisme de Descartes ou de Leibniz).
PourLa raison seule sait comparer des idées (mathématiques, logique). Pour parler du monde, il faut l’expérience, et elle ne donne jamais de certitude absolue.
La connaissance
ContreL’idée que nous voyons la cause agir dans les choses, comme une force ou un pouvoir caché.
PourOn observe seulement des événements qui se suivent. L’idée de cause vient de l’habitude : après avoir vu A suivi de B plusieurs fois, l’esprit attend B.
La morale
ContreUne morale qui se déduirait de la raison seule, comme une démonstration de géométrie.
PourLa morale repose sur le sentiment (approbation, sympathie) : la raison éclaire les faits, mais c’est le sentiment qui nous fait agir. On ne déduit pas un « devoir » d’un simple « fait ».
La religion
ContreDes preuves rationnelles de Dieu ou des miracles qui s’imposeraient à tous.
PourExaminer les religions comme des faits humains, en pesant les preuves et les témoignages : critique des miracles (Enquête, section X) et débat sur le dessein du monde (Dialogues, 1779).
Sa famille de pensée
Avant, avec, après lui
Touche un nom pour savoir ce qui le relie à Hume.
Ceux qui l’ont inspiré
Compagnons et rivaux
Ses héritiers
Dans la frise des courants
À toi
Hume ou les rationalistes ? Trie ces quatre idées.
L’atelier du bac : comment Hume argumente.
Trois extraits de l’Enquête sur l’entendement humain (1748), dans une traduction libre faite à partir de l’original anglais (domaine public). Touche un passage surligné, devine le procédé d’argumentation, puis découvre son effet. En explication de texte comme en dissertation, on attend de toi la même chose : repérer, nommer, interpréter.
5Lis de prèsRepérer, nommer, interpréter
Ce qui le distingue
Sa signature
Un style clair et vivant
Hume écrit pour être lu, pas seulement par des spécialistes : phrases limpides, exemples du quotidien (le soleil, la boule de billard). Après l’échec du Traité, c’est un choix assumé.
L’expérience comme juge
Il veut étudier l’esprit comme Newton étudie la nature : par l’observation. À la fin de l’Enquête, il écrit qu’un livre qui ne contient ni raisonnement abstrait sur la quantité ou le nombre, ni raisonnement fondé sur l’expérience ne mérite que le feu.
L’ironie douce
Hume avance avec humour : il feint d’être surpris, de ne pas oser conclure. Cette douceur cache des idées radicales sur la cause, les miracles, la religion.
La fourchette
Il range tout énoncé dans l’une des deux familles (relations d’idées, questions de fait) : un outil utile en dissertation pour trier ses arguments. Repère : contingent / nécessaire.
Que ferais-tu ?
Tu es Hume. Trois décisions où tes idées, ta carrière et ta réputation ne vont pas dans le même sens. Les points récompensent la décision la plus cohérente avec sa pensée, pas forcément ce qu’il a fait.
6Prends les décisionsLe conseil
Que ferais-tu à la place de Hume ?
Après chaque choix, tu vois ce qu’il change et ce qui s’est vraiment passé.
Édimbourg, La Flèche, Paris : l’Europe de Hume.
Hume voyage plus que bien des philosophes : il écrit en Anjou, publie à Londres, travaille dans une ambassade à Paris. Mais c’est à Édimbourg qu’il revient toujours. Suis les lieux de sa vie et de sa pensée.
7Suis le parcours sur la carteSur la carte
Les lieux de la vie de David Hume
D’après David Hume, My Own Life (1776, davidhume.org) ; Stanford Encyclopedia of Philosophy et Internet Encyclopedia of Philosophy, « David Hume » ; University of Edinburgh, « David Hume’s Failed Application for Chair of Moral Philosophy, 1745 » ; lettre d’Adam Smith à William Strahan (1776) ; Wikipédia, « David Hume », « Jean-Jacques Rousseau » ; coordonnées des villes actuelles.
Hume, entre faits et légendes.
On présente souvent Hume comme un sceptique qui doute de tout, ou comme un athée qui aime provoquer. La réalité est plus fine : il aimait la conversation et ses amis, et il doutait avec bonne humeur.
8Démêle le vrai du fauxLe sceptique
Un sceptique qui doute de tout ?
On appelle souvent Hume « le grand sceptique ». Certains en déduisent qu’il ne croyait à rien : ni au soleil de demain, ni à la réalité du monde.
Les miracles
Les miracles sont-ils impossibles ?
Dans la section X de l’Enquête sur l’entendement humain (1748), Hume examine les récits de miracles : un mort qui revient à la vie, une guérison impossible. On le présente souvent comme celui qui prouve que les miracles n’existent pas.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
La « guillotine de Hume »
Dans le Traité (livre III, 1re partie, section 1), Hume remarque que les auteurs de morale passent sans prévenir de « est » à « doit » : on lit des faits, puis soudain une obligation. Il demande qu’on explique ce passage, car on voit mal comment un « devoir » pourrait se déduire de simples faits. On a donné plus tard à cette idée le nom de « guillotine de Hume » (en anglais, is / ought) : l’expression vient des commentateurs, pas de Hume, et l’on discute encore de ce qu’il voulait dire. Exemple : « beaucoup de gens trichent » ne prouve pas qu’on doive tricher. Repère : en fait / en droit.
Le moi, un faisceau de perceptions
Hume cherche son « moi » en regardant au fond de lui. Il ne trouve jamais que des perceptions particulières : chaud, froid, plaisir, douleur, colère. Jamais un moi sans perception. Il en conclut, dans le Traité (livre I, 4e partie, section 6), que nous sommes comme un faisceau de perceptions qui se succèdent très vite. Ce qui nous fait croire à un moi unique, c’est la ressemblance et l’enchaînement de nos perceptions et de nos souvenirs : une fois de plus, une habitude de l’imagination. Exemple : ton moi d’il y a dix ans a changé en presque tout (goûts, idées, amis), et pourtant tu dis « je ».
Cinq histoires vraies (ou presque).
Lis la question, fais ton hypothèse, puis découvre le récit. Chaque anecdote t’apprend quelque chose.
9Ouvre les cinq anecdotesCe qu’il faut avoir en tête.
Des citations à placer dans une dissertation, les notions du programme et des sujets possibles.
Citations à connaître
Le contraire de toute question de fait reste possible, parce qu’il n’implique jamais de contradiction.
Enquête sur l’entendement humain, section IV, traduction libre
Toutes les inférences tirées de l’expérience sont des effets de l’habitude, non du raisonnement.
Enquête sur l’entendement humain, section V, traduction libre
Un homme sage proportionne sa croyance aux preuves.
Enquête sur l’entendement humain, section X, traduction libre
La raison est, et ne doit être, que l’esclave des passions, et elle ne peut prétendre à d’autre office que de les servir et de leur obéir.
Traité de la nature humaine, livre II, 3e partie, section 3, traduction libre
Notions du programme
Notions et sujets
Dissertation · la raison, la vérité
Sujets possibles : « Toute vérité est-elle démontrable ? », « L’expérience suffit-elle à établir une vérité ? », « Faut-il toujours des preuves pour croire ? ». Idées de Hume à mobiliser : la fourchette (relations d’idées / questions de fait), l’exemple du soleil, l’habitude à la place de la raison, la croyance proportionnée aux preuves. Prévois une objection : si l’habitude ne prouve rien, comment fonder la connaissance ? (Kant répondra en 1781 que l’esprit apporte lui-même des formes à l’expérience.) Repères : contingent / nécessaire, croire / savoir, en fait / en droit. Notions : la raison, la vérité.
Dissertation · la science, la religion
Sujets possibles : « Une théorie scientifique peut-elle être prouvée par l’expérience ? », « Peut-on croire sans preuve ? », « La raison peut-elle juger de la religion ? ». Idées de Hume : le problème de l’induction, les lois de la nature comme attentes fondées sur l’habitude, la critique des miracles (Enquête, section X), le débat sur le dessein du monde (Dialogues, 1779). Prévois une objection : Hume ne détruit pas la science, il en montre le caractère probable ; que gagne-t-on à cette humilité ? Repères : théorie / expérience, croire / savoir, persuader / convaincre. Notions : la science, la religion.
Explication de texte · le lever du soleil
Dans l’Enquête sur l’entendement humain (section IV, « Doutes sceptiques »), relève la thèse (le contraire d’une question de fait ne se contredit pas), la distinction relations d’idées / questions de fait, l’exemple du soleil, puis le passage du passé à l’avenir. Explique « question de fait », « intelligible » et « contradiction ». Pense à discuter : si l’habitude n’est pas une preuve, peut-on encore parler de connaissance scientifique ? Notions : la raison, la science. Repères : contingent / nécessaire, en fait / en droit.
Briller en société.
Trois phrases que tout le monde emploie. Maintenant, tu sais d’où elles viennent.
« Le problème de l’induction »
Tu as vu cent corbeaux noirs : en conclus-tu que tous les corbeaux le sont ? Passer de « tous ceux que j’ai vus » à « tous » ne se démontre pas. Hume met ce problème au jour (le nom, lui, viendra plus tard). Dans la conversation : « C’est un raisonnement par induction : ça marche d’habitude, mais ça ne prouve rien. »
« La guillotine de Hume »
Expression des commentateurs : on ne passe pas d’un fait (« ce qui est ») à une obligation (« ce qui doit être »). Pour répondre à « tout le monde le fait, donc c’est bien » : « Attention à la guillotine de Hume ! »
« Corrélation n’est pas causalité »
La formule vient des statisticiens, pas de Hume. Mais il a posé le problème de fond : on observe que B suit A, jamais la « force » qui relierait A à B. Exemple : les ventes de glaces et les noyades augmentent en même temps. C’est l’été qui explique les deux.
Ce que tu retiens.
On ne voit jamais la cause
Nous observons des événements qui se suivent, jamais la force qui les relierait.
L’habitude guide nos croyances
Si nous attendons la même suite, c’est par habitude, pas par raison : c’est utile pour vivre, mais ce n’est pas une preuve.
Croire selon les preuves
Un sage proportionne sa croyance aux preuves : en science comme en religion, il pèse l’expérience et les témoignages.
Retour au bac
Et les sujets du début ?
Reviens aux sujets du début : tu peux maintenant en traiter plusieurs. Les idées à mobiliser et les objections sont dans « Pour le bac », plus haut.
Ton carnet






