Avant d'être une œuvre, un tableau est une affaire de matière, de métier et d'argent. D'où viennent les couleurs, qui apprend à peindre, qui paie, et comment un tableau traverse les siècles ? On remonte 36 000 ans d'atelier, du charbon de Chauvet au tube de peinture.
Aucune lumière naturelle au fond de la grotte : les artistes peignaient à la flamme d'une torche ou d'une lampe à graisse. Promène la flamme sur la paroi.
Le panneau des chevaux, réplique de la grotte Chauvet (Ardèche). Le relief de la roche sert parfois de volume aux animaux.
Les chevaux sont tracés au charbon de bois, d'autres animaux et les mains à l'ocre rouge, une terre riche en oxyde de fer. Le charbon contient du carbone : c'est lui qui permet de dater les dessins au carbone 14.
J'émets une hypothèseSi on chauffe de l'ocre jaune dans un feu, que devient sa couleur ?
Jusqu'au XIXe siècle, la peinture ne s'achète pas toute faite : on broie une poudre de couleur, le pigment, et on la mélange à une colle, le liant. Choisis un pigment, puis essaie plusieurs liants. Qu'est-ce qui change vraiment ?
Paroi, mur frais, panneau de bois, toile tendue, tube de couleur : clique sur les étapes, dans l'ordre du temps.
Vers 1400, le peintre florentin Cennino Cennini écrit un manuel, le Livre de l'art. Il compte environ treize ans d'apprentissage avant d'être maître. Entre dans l'atelier à 12 ans et fais avancer le temps.
Illustration : l'apprenti broie le lapis-lazuli sur la pierre ; au fond, le maître peint un retable à fond d'or. Pour voir un vrai atelier peint par un maître, ouvre Les Ménines de Velázquez.
Rubens dirigeait un atelier très organisé, à Anvers. Dans une lettre de 1618 à un client anglais, il détaille ses tableaux à vendre en précisant lesquels sont de sa main, lesquels ont été faits par ses élèves puis retouchés par lui. Le prix suit.
Une peinture à l'huile se construit en couches, de la plus sombre à la plus fine. Monte les couches une à une, puis passe le tableau aux rayons infrarouges, comme au laboratoire d'un musée.
Pendant des siècles, on ne peint pas pour soi : on peint pour un client qui choisit le sujet, la taille, et parfois même les couleurs. Change d'époque et regarde qui décide.
Une religion qui se divise, une science qui naît, une invention qui concurrence le pinceau : la peinture répond à son époque. Pour chaque œuvre, retrouve l'idée ou l'événement qui l'a rendue possible.
Dans les mosquées et les lieux religieux, l'art islamique évite le plus souvent de représenter des êtres vivants. Les artisans développent alors la calligraphie, les arabesques végétales et une géométrie d'une richesse inouïe. Deux expériences pour comprendre leurs règles.
Un carreau régulier doit pouvoir s'assembler autour d'un point sans trou ni chevauchement. Fais une hypothèse, puis teste.
Trace un trait dans le carré : il est reproduit par rotation, et par miroir si tu le veux. C'est la symétrie qui fabrique l'étoile.
Illustration : une mosaïque de zellige. Compte les branches de l'étoile centrale : 16. Et autour, des étoiles à 8 branches.
Ce que les mathématiciens y ont trouvé. On sait aujourd'hui qu'il n'existe que 17 façons de répéter un motif sur un plan (les « groupes de pavage »). L'Alhambra de Grenade en contient un très grand nombre ; certains chercheurs y voient les 17, d'autres en comptent moins.
Des étoiles à 5 et 10 branches. Ces formes ne pavent pas un mur toutes seules, tu viens de le voir. Les artisans persans ont pourtant trouvé, avec un jeu de cinq tuiles (les girih), des motifs qui ne se répètent jamais à l'identique. En 2007, deux physiciens ont montré que le décor du sanctuaire de Darb-i Imam, à Ispahan (1453), suit une géométrie que les Européens n'ont décrite que dans les années 1970 : les pavages quasi-périodiques.
L'art islamique n'est pas sans images : les miniatures persanes et ottomanes représentent des personnages. C'est surtout dans l'espace religieux que la géométrie et l'écriture remplacent la figure.
La lumière, l'humidité et le temps abîment les tableaux. Le vernis jaunit, certains pigments changent de couleur. Fais vieillir La Ronde de nuit, puis règle la salle du musée.

Repères : les dessins et aquarelles supportent environ 50 lux, les peintures à l'huile 150 à 200 lux. Trop sec, le bois se fend ; trop humide, les moisissures arrivent et la toile se détend.
Huit siècles de styles, une même scène repeinte, les 50 incontournables.